Abolis Biotechnologies : des micro-organismes « sur-mesure » et par synthèse biologique pour accélérer la transition écologique des industriels

Finaliste des Trophées INPI dans la catégorie « innovation responsable », Abolis Biotechnologies développe des micro-organismes capables de produire, par fermentation, des molécules essentielles aux industries, avec un faible impact environnemental. Grâce à sa maitrise de technologies innovantes, l’entreprise accompagne les industriels de la santé, de la nutrition et des cosmétiques dans leur transition écologique. Rencontre avec Valérie Brunel, directrice générale.
abolis bio

 

  • Pour les gens qui ne vous connaîtraient pas, pouvez-vous nous expliquer l’activité de votre entreprise ? Qui êtes-vous, que faites-vous ?

     

Valérie Brunel : Abolis Biotechnologies conçoit et développe des solutions sur mesure permettant de produire des principes actifs, ingrédients et matières premières, avec un impact environnemental réduit.
Notre objectif est d’accompagner les industriels des secteurs de la santé, de la nutrition et des cosmétiques notamment, dans leur transition écologique.
Nos solutions de production sont basées sur le principe de fermentation (un micro-organisme consomme du sucre et produit de l’alcool, comme pour le vin ou la bière), à la différence près que nous modifions les micro-organismes pour leur faire produire autre chose que de l’alcool.
Pour programmer ces micro-organismes, nous utilisons les outils de la biologie de synthèse, qui nous permettent de travailler des voies de biosynthèse, c’est-à-dire des chemins de transformation du sucre en la molécule attendue au sein du micro-organisme. Ces chemins peuvent être complexes à l’intérieur de cette usine cellulaire, mais le résultat permet la production de la molécule attendue, en une seule étape industrielle.

Ces nouveaux modes de production innovants permettent en outre de sécuriser les chaînes d’approvisionnement, les volumes de production et de relocaliser la production de ces molécules sur le territoire européen.

 

  • Quelle est votre dernière innovation ? Ou l’innovation dont vous êtes le plus fier ?

     

V.B : Nous avons développé un micro-organisme capable de réaliser en une seule étape de production industrielle (comme une mini usine cellulaire)  la biosynthèse d’un actif nutraceutique - contraction des mots « nutrition » et « pharmaceutique », qui désigne une substance ayant un effet positif sur notre santé - qui ne pouvait jusque-là qu’être extrait d’une plante. Celle-ci ne pousse que dans certains pays éloignés et on ne peut la récolter qu’en petite quantité à un stade particulier de maturité.  Cette source est donc limitée, peu soutenable et subit des instabilités récurrentes dues à des situations géopolitiques, climatiques, de crise sanitaire ou de fluctuation de taux de changes. La solution d’Abolis permet de sécuriser et de relocaliser l’approvisionnement (en quantité et qualité) tout en proposant un procédé moins impactant sur l’environnement (du sucre, de l’eau, un peu de chauffage).

Pour mettre au point ce micro-organisme, nous avons dû le modifier pour qu’il intègre une nouvelle voie de biosynthèse de 45 étapes dans son métabolisme. Cette innovation montre que nous sommes capables d’agir sur un nombre important d’étapes, toutes connectées entre elles, pour arriver à produire des molécules complexes, en comparaison de celles qui ont été travaillées jusqu’à aujourd’hui dans notre domaine.

 

  •  Quel est votre projet phare du moment ?



V.B : Nous travaillons actuellement sur une dizaine de projets. L’un d’eux concerne la production d’un actif cosmétique aujourd’hui obtenu à partir de ressources fossiles et qui sera donc produit avec du carbone renouvelable (sucre) à l’issu du développement. Un autre concerne la production de protéines alimentaires pour pouvoir couvrir les besoins croissants des années à venir et qui ne pourront pas l’être par l’élevage.
Nous travaillons également avec nos partenaires sur de nouvelles structures moléculaires accessibles industriellement, grâce au passage de la synthèse chimique à la synthèse biologique. Inspirées de molécules de la nature, ces structures moléculaires pourraient remplacer celles qui sont ou vont être interdites d’utilisation dans l’industrie (réglementation notamment européenne) parce qu’elles sont toxiques pour l’humain ou la planète.

 

 

  • Quelle est votre stratégie d’innovation et de propriété industrielle ?



V.B : L’innovation en biotechnologies est la raison d’être, l’ADN et le savoir-faire d’Abolis. Nous sommes d’ailleurs reconnus comme DeepTech et qualifiés « d'innovation engine » (moteur d’innovation) par nos partenaires.
Tous les projets que nous réalisons pour nos clients sont des projets ambitieux de R&D et qui comportent un certain niveau de risque.
Grâce aux technologies que nous maîtrisons, nos innovations nous permettent d’apporter des moyens de produire de façon plus durable dans différentes industries, et d’exploiter le potentiel de la biologie dans le renouvelable : ce que la nature fait, la nature peut le défaire. C’est une source d’inspiration importante pour Abolis.
Notre capacité à faire le lien entre la chimie et la biologie, grâce à la plate-forme que nous avons développée, nous a par ailleurs permis, ces deux dernières années, de développer des collaborations étroites avec des groupes qui sont les leaders mondiaux sur leurs marchés.
Grâce aux solutions innovantes que nous proposons, nous avons réalisé très tôt du chiffre d’affaires et levé seulement 1 million d’euros à date. Depuis trois ans, notre CA double chaque année.

Pour protéger nos innovations, les brevets, les marques et le secret sont des éléments couramment utilisés en interne et pris en compte dès le début de la conception de nos solutions.
Les droits de propriété intellectuelle sont également un sujet incontournable de nos contrats : un partage équitable doit être trouvé pour que la solution du client soit protégée au mieux et lui donne un avantage compétitif, mais aussi pour qu’Abolis puisse ré-utiliser les innovations pour la production de molécules différentes. Cela donne lieu à des concessions de licences.

 

  • Que représente pour vous cette nomination aux Trophées INPI ?

     

V.B : Cette nomination aux Trophées INPI est une reconnaissance de notre modèle de valorisation de l’innovation par la propriété industrielle. Elle consacre la manière dont nous pratiquons la propriété industrielle et en utilisons son potentiel au quotidien.

Chiffres clés * :

  • Date de création : 2014
  • Effectif: 50
     

Portefeuille de titres de propriété industrielle :

  • Brevets : 18
  • Marques : 21
     

*déclaratif entreprise