Silver Valley : l’innovation pour seniors

Ingénieur et docteur en génie industriel, spécialiste en management de l’innovation, Benjamin Zimmer a fondé et dirige Silver Valley, le cluster francilien de la silver économie — c’est-à-dire l’économie au service des personnes âgées. Lancé en 2008, cet « écosystème du mieux-vieillir » compte près de 300 structures adhérentes, fournisseurs de biens et services pour les seniors, organismes de formation, associations d’utilisateurs, et partenaires financiers. Tous les ans, la Bourse Charles Foix, un concours organisé par Silver Valley, récompense trois projets entrepreneuriaux innovants qui visent à améliorer la qualité de vie et l’autonomie des seniors ou de leurs aidants.
 

Comment favorisez-vous l’émergence de l’innovation au sein de Silver Valley ?

Benjamin Zimmer : Je crois beaucoup dans les vertus de l’écosystème. D’abord parce qu’il permet de mutualiser des ressources, par exemple en achetant à plusieurs une étude sur un secteur, en partageant des bureaux, ou en « chassant en meute » les clients et les partenaires. Ensuite parce qu’il permet parfois de construire à plusieurs un même bien, ou de proposer un service commun — chaque acteur s’occupant d’une des parties de l’ensemble. Enfin, parce qu’il favorise les échanges et les rencontres entre différents types d’acteurs : les start-up, les fonds d’investissement, les collectivités locales, les pôles de compétitivité, etc.

 

Comment faire en sorte que l’écosystème permette davantage de réussites entrepreneuriales ?

B. Z. : Je constate en effet un fort taux d’échec chez les start-up. Dans certains écosystèmes, la start-up est l’objet central, entouré des investisseurs, des centres de recherches, des collectivités. Chacun poursuit son intérêt propre, au lieu de travailler à l’intérêt général, c’est-à-dire de réfléchir à la façon dont l’innovation peut répondre aux besoins des utilisateurs. Il faut remettre les utilités sociales au cœur des écosystèmes. Je remarque que les entrepreneurs qui réussissent ont généralement bien identifié des situations d’usages dans lesquelles leurs solutions s’insèrent, au lieu de s’arc-bouter sur une technologie qu’ils ont inventée et pour laquelle ils cherchent à tout prix une application. Il est intéressant de constater également que certaines des solutions trouvées peuvent concerner aussi bien des personnes âgées qu’un public plus large.

Quels types d’innovations sont portés par Silver Valley ?

B. Z. : Ubiquid a par exemple développé un système de gestion du linge dans les maisons de retraite : grâce à des étiquettes RFID posées sur les vêtements, finies les affaires perdues ou rendues à la mauvaise personne. Rien n’empêche une application de cette solution dans les crèches. Le plus important à mon sens est vraiment d’identifier les externalités positives pour les clients potentiels. On fait souvent l’erreur de se concentrer sur une solution sans avoir étudié le problème que l’on cherche à résoudre. Autres exemples : Famileo, une application mobile qui permet de transformer des photos et messages de la famille ou des proches en gazette papier pour les résidents en maison de retraite. Auxivia, elle, a conçu un verre intelligent pour prévenir la déshydratation des personnes âgées.

 

Cette capacité à bien identifier le besoin de l’utilisateur est-elle un critère important pour la Bourse Charles Foix, ce concours organisé par Silver Valley qui récompense les projets innovants ?

B. Z. : En effet. Nous sélectionnons les projets selon un grand panel de critères. Il faut qu’ils soient utiles et répondent donc à des usages précis, innovants avec une expérience originale vécue par le client, faisables, fiables, profitables, avec une valeur ajoutée que l’on peut mesurer. Dans notre jury se trouvent d’ailleurs trente seniors pour tester très concrètement les solutions des candidats. On retrouve là notre volonté de mettre le client au cœur de l’innovation.