Agriconomie : le e-commerce au service des agriculteurs

 

En 2014, trois jeunes entrepreneurs, Clément Le Fournis, titulaire d’un baccalauréat agricole et diplômé d’HEC, Paolin Pascot, également diplômé d’HEC, et Dinh Nguyen, diplômé d’Epitech, sillonnent les routes de France pour présenter aux agriculteurs et aux fournisseurs un projet de plateforme d’approvisionnement agricole en ligne. Le but : que les premiers puissent acheter aux seconds engrais, semences, ou matériel sur un site web, en toute transparence et toute sécurité. Il fallait un brin d’audace : à l’époque, les trois comparses n’ont pas un sou en poche et ont simplement créé une page web. De plus, ce secteur n’est pas habitué à la transparence des prix telle que pratiquée sur le web : il est impossible pour un agriculteur de comparer le prix des semences, de les acheter en ligne, ou encore de connaître le prix des produits avec la livraison. « C’est la raison pour laquelle les agriculteurs que nous avons rencontrés se sont tout de suite montrés très réceptifs au projet », raconte Paolin Pascot. En revanche, côté fournisseurs, on est plus prudent devant ce qui apparaît comme une véritable disruption du marché. Or, pour qu’une place de marché fonctionne, il faut bien des acheteurs d’un côté et des vendeurs de l’autre, la plateforme fonctionnant comme un intermédiaire de confiance.

Mais les trois jeunes diplômés ont un atout solide en poche : ils connaissent bien le monde paysan. Clément Le Fournis, aujourd’hui directeur opérationnel d’Agriconomie, représente la 5e génération d’agriculteurs de la ferme familiale. Paolin Pascot, le président de la société, est petit-fils d’agriculteurs. Et Dinh Nguyen, le « tech » de la bande, aujourd’hui directeur informatique et chef de la R&D, est fils de viticulteurs. Nos trois compères arrivent à convaincre suffisamment de partenaires pour se lancer. Ils s’appuient sur un algorithme innovant qui permet d’optimiser la logistique et de fournir un prix livré aux agriculteurs. Un premier bonus pour ces derniers, qui apprécient la transparence de la transaction. Leurs clients bénéficient de surcroît de prix réduits. « En moyenne, les clients d’Agriconomie réalisent une économie de 3 000 euros par an », souligne Paolin Pascot. Une somme colossale comparée au niveau de vie moyen des agriculteurs, dont la moitié touche moins de 350 euros par mois. À la manière d’Amazon, l’internaute peut aussi avoir droit à des ventes flash, des livraisons gratuites ou des réductions spéciales. Une petite révolution dans ce secteur aux pratiques plutôt classiques !

Un développement très prometteur et des projets pour l’avenir

Engrais, semences, matériel agricole... En trois ans, la petite start-up pousse à vitesse grand V. Au passage, elle rafle de nombreux prix : palme d’or du e-commerce, lauréate du concours d’innovation numérique, meilleur site de commerce catégorie espoir selon la FEVAD (Fédération du e-commerce et de la vente à distance). En 2017, elle enregistre un volume d’affaires de 18 millions d’euros, compte près de 50 salariés, et s’est implantée en Belgique. Mais les trois fondateurs n’entendent pas s’arrêter là ! « Jusqu’à présent, notre offre s’appuie sur des produits. Nous souhaitons désormais l’étendre à des services à valeur ajoutée pour les agriculteurs », explique Paolin Pascot. Il s’agit d’abord de rendre la plateforme encore plus attractive. Contrairement à l’image d’Épinal de la profession selon laquelle un agriculteur passe le plus clair de son temps dans les champs, cette catégorie socio-professionnelle est très connectée. Les agriculteurs sont friands d’outils et d’applications numériques. En parallèle d’Agriconomie, Paolin Pascot a d’ailleurs cofondé la Ferme digitale, une association loi 1901 qui promeut le numérique pour une agriculture innovante et durable. La jeune société se lance également dans un nouveau pari : le rachat des récoltes des agriculteurs. « Beaucoup d’entre eux n’osent pas venir chez nous car on ne leur achète pas de grains ; c’est une manière de leur proposer un nouveau service », explique Paolin Pascot. La place de marché sera ainsi complète, les agriculteurs pouvant à la fois vendre et acheter des produits. L’équipe avance néanmoins prudemment dans cette activité de négoce. Le marché est complexe et risqué. De plus, le succès d’Agriconomie n’a pas été sans faire quelques vagues dans le secteur. Des tensions se sont notamment révélées lorsque la société a déployé sa stratégie en matière de propriété intellectuelle. S’il est compliqué de protéger un algorithme, l’entreprise a souhaité déposer l’ensemble de ses marques à l’INPI. Certaines d’entre elles ont fait l’objet de contestations, jugées proches d’autres marques qui existaient déjà. « Nous avons obtenu satisfaction, mais avons eu l’impression qu’il s’agissait d’actions ciblées pour créer des obstacles sur notre chemin », analyse Paolin Pascot. Ces difficultés passagères n’empêchent pas la société de continuer à vouloir se développer, en France et à l’international. Agriconomie affiche fièrement aujourd’hui 12 000 clients. De quoi satisfaire les fondateurs, dont l’un des leitmotivs est qu’il demeure inconcevable que ceux qui nourrissent la planète ne puissent pas subvenir correctement à leurs besoins.