Trophées INPI : découvrez le président du jury 2022

Depuis plus de 30 ans, à l’occasion de ses Trophées, l’INPI met à l’honneur des PME et start-up françaises innovantes, en raison de l’exemplarité de leur stratégie de propriété industrielle. Cette année c’est Bernard Reybier, président du conseil d’administration de Fermob - entreprise lauréate des Trophées INPI en 2013 - et président de l’association VIA/Le french design, qui nous fait l’honneur de présider le jury.
Bernard Reybier président jury Trophées 2022
  • Fermob, que vous dirigez, a été lauréate des Trophées INPI en 2013. Que s’est-il passé pour l’entreprise depuis cette date ?

     

Bernard Reybier : Depuis 2013, Fermob a connu une croissance significative, puisque nous avons poursuivi durant ces 9 dernières années une croissance à deux chiffres, sans interruption. Notre chiffre d’affaires est aujourd’hui trois fois plus élevé qu’à l’époque, et nous avons triplé le nombre de nos collaborateurs.

Nous avons conforté notre stratégie, qui repose sur 3 piliers : l’innovation, le design à un niveau stratégique, et l’international.
Parmi les faits marquants, je citerai la transmission familiale : depuis le 1er juillet 2022 je ne suis plus « que » président du conseil d’administration, c’est désormais mon fils Baptiste qui, après avoir travaillé à tous les échelons de l’entreprise, est Directeur Général de notre entreprise familiale.

Elle est désormais une ETI, de 400 personnes, et nous comptons une nouvelle usine. Nous avons aussi effectué différents rachats d’entreprises, qui nous ont permis de consolider notre potentiel de production.

Côté produits, je citerai le lancement de notre gamme de luminaires, qui n’existaient pas du tout à l’époque.

Par ailleurs je suis devenu président de l’association VIA/Le french design, qui a pour but de valoriser l’innovation dans l’ameublement contemporain, notamment en mettant en relation industriels et designers, et de faire la promotion du design français à l’international. C’est dans ce cadre que nous avons organisé la tournée mondiale « No taste for bad taste », qui nous a permis de toucher 1,47 milliards de contacts ! Un chiffre dont nous sommes très fiers, et qui montre le rayonnement et l’intérêt que suscite le design français à l’étranger.

Nous avons aussi créé le FD100 (French design 100), palmarès international récompensant 100 projets de design d’objets et d’espaces qui font rayonner le design français dans le monde, dont la dernière remise de prix a eu lieu à l’Elysée.

 

  • Que représentent l’innovation et la propriété industrielle à vos yeux ?

     

B.R : L’innovation est depuis l’origine l’un de nos trois piliers stratégiques, et j’ose penser qu’elle est pour quelque chose dans la croissance de notre chiffre d’affaires.

L’innovation est d’autant plus nécessaire que nous sommes de plus en plus soumis à la copie et à la concurrence déloyale. Il nous faut avoir toujours un temps d’avance.

Notre stratégie d’innovation contribue à notre croissance, notre stratégie de propriété industrielle permet de la consolider.

 

  • Pouvez-vous nous parler de votre stratégie d’innovation et de propriété industrielle aujourd’hui ? A-t-elle évolué depuis votre récompense ?

     

B.R : Chez Fermob nous protégeons systématiquement nos modèles, et nous sommes très attentifs à la protection des marques et des noms de collection. Nous déposons aussi parfois des brevets, comme ce fût le cas pour notre patin « silence ».

C’est un challenge, dans ce monde qui bouge très vite et qui se complexifie, et dans une entreprise en plein développement comme la nôtre, que de se protéger, d’autant que la protection n’est pas standardisée au niveau mondial.

Nous nous sommes beaucoup structuré depuis 2013, d’abord en construisant un réseau de conseils et d’intervenants en propriété industrielle (PI) sur nos différents marchés, ensuite en nous organisant en interne : j’ai nommé il y a peu un secrétaire général qui aura, entre autres missions, la responsabilité de toutes les actions de propriété industrielle.

Nous avons aussi essayé de développer une approche collective au niveau de la filière de l’ameublement dans la surveillance et le suivi des produits contrefaisants par exemple, notamment sur les sites de commerce en ligne.

Notre stratégie PI doit encore évoluer et s’adapter en permanence.

 

  • Que vous a apporté votre Trophée INPI ?

     

B.R : Ce prix a bien sûr été source de fierté, pour moi et pour les équipes. Il nous a aussi donné de la visibilité dans les médias, mais il a surtout élargi la prise de conscience de l’importance de la PI dans notre entreprise et dans notre groupe.

Jusque-là j’étais le seul à porter ce sujet, aujourd’hui la PI est devenue un réflexe naturel pour les équipes design, développement, marketing. Le « combat » est gagné car la culture PI a diffusé dans toutes les équipes, elle est devenue un acquis.

 

  • Que sont vos prochains projets ? Vos ambitions ?

     

B.R : Nous sommes présents dans une cinquantaine de pays et souhaitons poursuivre notre développement international, avec un focus sur les Etats-Unis. Nous y sommes déjà présents depuis longtemps (avec par exemple 12 000 chaises à New York City, mais aussi à Yale, Stanford, Harvard, ou le siège de Google ou d’Apple...) mais nous y avons encore du potentiel. Nous venons d’y racheter un distributeur, et y avons désormais une filiale de 25 personnes. Le développement du chiffre d’affaires américain est l’une de nos ambitions pour 2023 !

Par ailleurs nous souhaitons poursuivre nos efforts sur le recyclage de nos produits et matériaux, ainsi que sur l’impact de notre entreprise – même si c’est un sujet sur lequel nous travaillons depuis longtemps. Plus de 95% du métal que nous utilisons est issu du recyclage – la filière de recyclage « métal » est organisée depuis des lustres en France et dans le monde entier – et nous allons désormais lancer le réseau « repaint », en partenariat avec Axalta, l’un des principaux fabricants de peinture au monde, pour offrir une deuxième vie à nos meubles, en les repeignant. Un réseau d’une quarantaine d’unités va s’ouvrir en France, dès cet automne et nous en sommes très fiers. Enfin, j’ajoute que la filière « meubles » française est l’une des mieux organisées au monde sur la revalorisation de ses produits !

Côté PI, l’un de mes souhaits est de convaincre la distribution – grande distribution et distribution spécialisée – d’être plus vigilante face à la contrefaçon, de les responsabiliser. La donne « vente en ligne » complexifie encore les choses, cela demande beaucoup d’énergie.

 

  • Que représente pour vous le fait de présider les Trophées INPI cette année ?

     

B.R : La proposition de cette présidence m’honore et honore mon entreprise, et j’ai accepté tout de suite car, en tant qu’ancien lauréat et que chef d’une entreprise qui se développe, j’ai un devoir de témoignage, de transmission. Plus égoïstement, je sais que ce sera aussi pour moi l’occasion de continuer à apprendre, à rencontrer de nouveaux interlocuteurs, de nouveaux entrepreneurs, d’enrichir encore mes connaissances en PI. Cela me permettra j’espère d’en parler encore mieux, au sein de mon entreprise, au sein de ma profession, de motiver des adhérents du VIA à se poser les bonnes questions. Plus nous serons nombreux à nous saisir de la problématique PI – et pas seulement à travers les brevets, mais aussi à travers les marques, les dessins et modèles – plus l’économie française en bénéficiera.