« Un portefeuille de brevets est primordial pour les investisseurs »

Dans notre série sur le rôle de la propriété intellectuelle dans la croissance des start-up, rencontre avec DAMAE Medical, une start-up créée en 2014 qui conçoit, développe et commercialise un dispositif d’imagerie médicale innovant, qui permet notamment de détecter de façon précoce des lésions cancéreuses de la peau. David Siret est le cofondateur et directeur général de l’entreprise.
 

Votre innovation est issue d’un laboratoire du CNRS. Comment l’avez-vous menée du laboratoire à l’entreprise ?
David Siret: En effet, le professeur Arnaud Dubois, troisième associé et directeur scientifique de DAMAE Medical, est chercheur au laboratoire Charles Fabry (unité mixte de recherche entre le CNRS, l’Institut d’Optique Graduate School et l’Université Paris Sud). Anaïs Barut, la présidente de DAMAE Medical, et moi-même l’avons rencontré dans le cadre de nos études à l’Institut d’Optique durant lesquelles nous devions nous investir dans un projet de création d’entreprise. À l’époque, Arnaud avait mis au point une technique d’imagerie optique innovante qui permettait d’obtenir une image en coupe à haute résolution des tissus de la peau, en temps réel et de façon non invasive. Nous avons étudié les opportunités médicales et économiques de cette innovation. L’onco-dermatologie nous a semblé être le premier champ d’application le plus prometteur. Nous avons décidé de créer une entreprise pour valoriser cette innovation.

Comment avez-vous protégé votre innovation ?
D. S.: En 2013, avant même la création officielle de la société, nous avons déposé un brevet pour protéger le dispositif technique, sans mentionner d’application médicale. En effet, nous ne voulions pas nous fermer à d’autres applications possibles de cette technologie. D’ailleurs aujourd’hui, au-delà de la détection des lésions du cancer de la peau, nous travaillons déjà à imaginer de nouvelles applications cliniques et industrielles pour notre procédé révolutionnaire. Le brevet a été délivré en 2016 pour la France. Nous avons fait en 2014 une demande PCT (une demande d’extension du brevet à l’international dans le cadre du traité de coopération en matière de brevet, NDLR). Le brevet est détenu à parts égales entre le CNRS, l’Institut d’Optique et l’Université Paris Sud. DAMAE Medical en a obtenu la licence d’exploitation exclusive pour tout domaine, tout pays et sur toute la durée de vie du brevet. Cela nous permet d’envisager une stratégie d’innovation à long terme. Nous devrions encore renforcer notre propriété industrielle dans les prochains mois. Enfin, nous avons protégé deux marques, DAMAE Medical et OCTAV, le nom du premier dispositif médical que nous avons développé.

En quoi la stratégie de propriété industrielle est-elle un levier de croissance pour DAMAE Medical ?
D. S.: Comme nous lançons un plan de communication pour accompagner la sortie de nos produits, avec des publications scientifiques et cliniques, il est important de se protéger sur les aspects applicatifs de notre innovation. Je constate également à quel point avoir un portefeuille structuré de brevets est primordial aux yeux des investisseurs. En mars dernier, nous avons réalisé une levée de fonds de deux millions d’euros auprès de fonds d’investissement. Le fait de disposer d’une licence exclusive d’un brevet a été un point capital dans la réussite de cette opération, qui va nous permettre de financer l’industrialisation de nos produits.