Ÿnsect, à la conquête du marché mondial

Finaliste des Trophées INPI 2017 dans la catégorie brevet, Ÿnsect est une entreprise spécialisée dans l’élevage d’insectes à grande échelle. Elle les transforme en produits destinés à l’alimentation animale et en fertilisant naturel, offrant ainsi des réponses innovantes et durables aux enjeux écologiques et économiques mondiaux. Jean-Gabriel Levon, co-fondateur d’Ÿnsect, nous raconte les projets en cours.
 

  • Lors de votre participation aux Trophées, votre ambition était de devenir leader en élevage et transformation des insectes à destination de l'industrie animale. Pouvez-vous nous dire où vous en êtes aujourd’hui ? 
     

Jean-Gabriel Levon : Notre industrie se développe très bien. Le marché est là, nous avons des clients du monde entier, notamment d’Europe, qui sont demandeurs de volumes importants. Si bien que notre capacité de production est aujourd’hui inférieure à la demande. Afin de répondre à la demande, en plus de notre première unité de production, ouverte en 2016 dans le Jura, nous sommes en train de construire une deuxième ferme verticale, beaucoup plus importante.

Depuis 2017, nous sommes devenus une vraie entreprise industrielle, la R&D reste le cœur de notre activité.

 Nous avons également créé une association réunissant 53 acteurs confirmés du secteur : International Platform Insects for Food and Feed, que nous présidons. Ses missions principales sont la promotion de l’utilisation des insectes comme source alternative de protéines pour l'alimentation animale et pour la consommation humaine, et l’aide au développement de la filière.

Nous sommes un - si ce n’est le - leader en élevage et transformation d’insectes, nous sommes une des entreprises les plus avancées du marché. Je devrais même parler de marchés au pluriel : nos principaux marchés sont aujourd’hui l’aquaculture et la nutrition des animaux de compagnie et des plantes. Et demain ? Pourquoi pas l’aviculture lorsque la réglementation européenne le permettra et l’alimentation humaine, mais en restant sur notre promesse : performance et santé.  

 

  • Vous avez annoncé il y a un an avoir levé 110 millions d'euros. Quels projets souhaitez-vous financer avec ces fonds ?
     

J-G L. : Effectivement, en plus des subventions et des prêts que l’on nous a accordés, nous avons réalisé une importante levée de fonds, destinée au financement de notre nouveau site d’élevage.

Ce projet s’inscrit dans notre ambition d’expansion à l’international : nous souhaitons développer plusieurs dizaines de sites similaires à travers le monde : en Europe, en Amérique du Nord, en Asie du Sud-Est … dans toutes les régions où il y a des céréales. Nous en sommes pour l’instant à la phase de prospection.

Ce projet répond à une logique économique mais aussi environnementale : nous voulons que notre production soit au plus près de nos clients. Nous travaillons déjà avec des investisseurs et des clients présents dans ces régions, qui seront de bonnes portes d’entrée vers les marchés concernés. 

  • Vous venez d’obtenir le feu vert de l'Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (ANSES) pour la commercialisation du premier engrais à base d’insectes. De quoi s’agit-il ?
     

J-G L. : L’engrais que nous venons de commercialiser est un produit à base de « frass », des déjections d’insectes, issu plus particulièrement d’un scarabée spécifique, d’où le nom de notre produit : ŸnFrass.

Ce projet de solution nutritive pour les plantes nous a demandé près de quatre ans d’investissement et de recherche, durant lesquels nous avons réalisé de très nombreux tests, en collaboration avec différents instituts de recherche dont UniLasalle, une école d’ingénieurs reconnue pour son expertise en agronomie et alimentation. Nous avons suivi l’évolution des cultures pour nous assurer de l’efficacité de notre produit ; nos résultats de croissance sur certaines espèces sont remarquables : colza, blé, maïs … plus 25 % de rendement pour la vigne !  Notre produit est par ailleurs une alternative durable pour les sols, respectueuse de l’environnement.

L’homologation de notre produit comme « engrais » est une vraie reconnaissance de notre travail, qui nous donne de la crédibilité et nous ouvre des portes.

Cet engrais a vocation à être vendu aux professionnels et distributeurs, pas directement aux particuliers.

 

  • En 2017, vous comptabilisiez une quinzaine de familles de brevet et placiez la  propriété industrielle au cœur de votre stratégie.  Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?
     

J-G L. : La propriété industrielle est toujours une pierre angulaire de notre stratégie globale, pour protéger notre droit à opérer et comme stratégie défensive. Nous poursuivons les efforts et sommes passés de quinze à vingt familles de brevet.

Mais plus nous grandissons, plus nous réalisons que nous ne pouvons pas tout protéger. Certains projets sont plus importants que d’autres et nous prenons le parti de concentrer nos efforts et notre investissement sur ceux-là. Un comité en propriété industrielle multi-départements se réunit régulièrement pour réfléchir sur ces sujets et pour orienter notre stratégie. Nos investissements en R&D sont si importants qu’il est évidemment nécessaire de les protéger.