Sortir pour se divertir : l’origine des loisirs extérieurs

Table de pique-nique, matériel de peinture transportable ou encore appareil photographique portatif … autant d’objets insolites pensés et conçus pour voyager ou prolonger ses moments de loisir et de détente en extérieur. A l’heure du printemps, découvrez quelques-unes de ces inventions exhumées du fonds patrimonial des brevets déposés en France au 19e siècle, et conservés aujourd’hui par l’INPI.
 

Le 19e siècle est connu pour être le siècle de la Révolution industrielle, ou plutôt des révolutions. Des changements s’opèrent dans tous les domaines, qu’ils soient techniques, économiques ou encore sociaux et culturels. Les habitudes changent, portées, entre autres, par de nouvelles inventions et la transformation de la société. Les loisirs en extérieur se développent, conséquence des progrès dans le domaine des transports, notamment le chemin de fer qui raccourci le temps et les distances. Les plus fortunés peuvent désormais passer leur temps libre dans les stations balnéaires naissantes. Plus simplement, la population urbaine sort flâner le longs des grandes avenues ou dans les parcs nouvellement aménagés, tandis que la bourgeoisie rurale part en promenade dominicale.

En 1880, la dame Voisin-Foucher de la Flèche, dans la Sarthe, dépose le brevet d’une cantine pour goûter champêtre (1). Un nom qui, à lui seul, suggère les balades du dimanche dans la campagne verdoyante. Il s’agit d’une boîte fermée, transportable, de 35 cm de haut et 30 cm de diamètre. Elle renferme six bidons pour liquide, six petits pains d’un demi-kilo et divers comestibles. Six assiettes, couteaux, fourchettes et timbales viennent compléter le kit. L’inventrice explique qu’en ouvrant cette boîte, « on obtient une table à six pans d’un mètre de long sur un mètre de large, que l’on maintient à la hauteur que l’on veut. Au milieu de l’appareil se trouve une tige en fer creux d’un mètre de haut formant un pied mobile et servant aussi à porter la cantine à la main par deux personnes ». Une fois retourné, le couvercle se transforme en corbeille à pain. Et pour finir, « à l’extrémité de la tige, il y a une boule creuse mobile dans laquelle on peut mettre de l’eau-de-vie … ». Nul doute que ces goûters champêtres devaient être animés !

Ces sorties donnent à bon nombre d’amateurs l’occasion de prolonger la pratique de leurs loisirs en extérieur. En 1841, le peintre américain John Goffe Rand invente le tube de peinture en métal souple, compactable et fermé hermétiquement. L’invention se répand rapidement en Europe. Permettant de transporter le médium partout, elle donne l’occasion aux artistes d’exercer en plein air et participe par conséquent à la naissance de l’impressionnisme. En 1886, Jean Lerat, fabricant d’ébénisterie et scieur à la mécanique à Paris, 101, boulevard de Charonne, dépose un brevet pour « une nouvelle boîte de campagne pour artiste-peintre à montage et démontage instantanés » (2). L’introduction du mémoire descriptif rédigé par l’inventeur est claire : « l’objet de l’invention que je vais décrire est une boîte destinée pour servir aux artistes-peintres pour pérégriner » ! « Par son minime volume, par les dispositions aménagées à son intérieur, par la facilité que permettent les combinaisons prises pour installer tout ce qui constitue l’ensemble du matériel nécessaire au travail de l’artiste peintre ; je crois avoir réalisé tout ce qu’il y a de plus nouveau et de plus avantageux, comme simplicité jointe à une solidité suffisante pour ce genre d’installation, pour les inégalités du terrain sur lequel l’artiste veut ou doit opérer ».

Le 19e siècle voit également la naissance et l’essor de la photographie. Très vite, les photographes amateurs désirent immortaliser les scènes et paysages qu’ils rencontrent lors de leurs randonnées. Dès lors, le matériel et les appareils se font plus compacts et plus robustes afin d’être transportés. Avec l’invention de la bicyclette, les randonnées pédestres deviennent cyclistes. En 1888, Jean Delton dépose un brevet d’invention pour « un nouveau support d’appareil photographique permettant d’adapter les chambres aux tricycles ou aux bicycles » (3). La nouvelle invention « permet aux touristes, amateurs de photographie, d’utiliser les vélocipèdes en général, comme pied servant à les soutenir en place ». Ce système doit être installé « de façon à ce qu’on puisse le déplacer verticalement pour pouvoir monter ou descendre la chambre qui de cette manière pourra être exhaussée ou abaissée, inclinée en avant ou en arrière, tourner complètement sur elle-même, de façon à répondre à tous les besoins du photographe qui pourra par la suite diriger avec facilité son objectif sur tous les points de l’horizon ».

Aujourd’hui, nous disposons de tout une gamme d’objets spécifiquement imaginés et conçus pour nos sorties ou nos loisirs en extérieur. Mais si l’on se penche sur l’histoire de chacun d’eux en particulier, on constate que l’idée de les rendre « portables » ou « portatifs » est ancienne et déjà en lien avec le développement d’une société qui, peu à peu, devient plus mobile. Le besoin de sortir de chez soi en emportant les objets qui nous entourent, et dont on aura besoin, participe à leur amélioration permanente, principalement par l’usage de nouveaux matériaux plus légers et plus robustes.

  • Brevet d’invention n°135805 déposé le 16 mars 1880 par madame VOISIN-FOUCHER pour un appareil dit « cantine pour goûter champêtre »
  • Brevet d’invention n°135805 déposé le 16 mars 1880 par madame VOISIN-FOUCHER pour un appareil dit « cantine pour goûter champêtre »
  • Brevet d’invention n°178342 déposé le 4 septembre1886 par Jean LERAT pour « une nouvelle boîte de campagne pour artistes-peintres à montage et démontage instantanés »
  • Brevet d’invention n°191003 déposé le 4 juin 1888 par Jean DELTON pour « un nouveau support d'appareil photographique permettant d'adapter les chambres aux tricycles et aux bicycles au moyen duquel ces derniers forment le pied de l'appareil »