Capsum : la beauté en capsule

En 2012, la start-up marseillaise Capsum était lauréate des Trophées INPI dans la catégorie design. Depuis 2008, la société développe pour des clients de renom des soins de la peau en s’appuyant sur la technologie des microfluides. En cinq ans, le succès ne s’est pas démenti : un passage de 12 à 80 salariés, une croissance annuelle du chiffre d’affaires de 50 % et l’envie de s’attaquer à un nouveau marché. Le tout avec une politique de propriété industrielle renforcée et affinée. Rencontre avec Sébastien Bardon, PDG de Capsum.
 

> Recevoir un trophée de l’INPI a-t-il eu des répercussions sur votre activité à l'époque ?

Sébastien Bardon : En 2012, Capsum était une jeune société de petite taille : nous étions une douzaine. Notre stratégie était encore en cours de définition. A ce stade, nous avions encore besoin de financements et d’aides pour pouvoir recruter. En cela, les Trophées INPI ont joué le rôle de vecteur de notoriété. Mais ils nous ont aussi apporté une certaine crédibilité, car l’Institut est un organisme qui inspire confiance. Ce qui a participé à un « buzz » essentiel pour l’entreprise à cette époque-là.

> Où en est Capsum quatre ans plus tard ?

S. B. : Je peux vous répondre avec quelques chiffres clés : notre chiffre d’affaires est passé d’un peu moins de 2 millions à 10 millions d’euros en 2016. Nous avons aujourd’hui 80 salariés et si je compte les intérimaires, environ 100 personnes travaillent dans la société. Nous avons aussi déménagé deux fois depuis 2012 en raison de nos besoins de production croissants. Le dernier déménagement remonte à 18 mois : nous avons installé notre usine et nos laboratoires à Marseille, sur un site de 7 000 m² qui devrait être en capacité pleine d’ici un an environ. Enfin, nous continuons de croître à plus de 50 % par an et comptons sur une progression constante au moins sur les trois prochaines années.

> Dans quelle mesure votre stratégie d'entreprise s’est-elle affinée ?

S. B. : Plus qu’un simple fabricant, nous avons une relation de création commune avec nos clients — qui sont des grandes marques de la cosmétique comme Chanel, l’Occitane, ou Guerlain —, afin d’obtenir des produits distinctifs sur le marché. Concrètement, dès lors qu’un client décide de travailler avec nous, nous échangeons sur ses besoins et ses idées : quels principes actifs, quels effets recherchés, quels parfums, quelles couleurs ? Nous définissons un pré-produit que nous retravaillons ensuite jusqu’au produit fini. En quelque sorte, nous sommes une forme d’artisan scientifique : notre manière de fabriquer les produits « goutte à goutte » est beaucoup plus manuelle que les procédés utilisés dans les usines classiques. Cela demande cependant un véritable savoir-faire scientifique car nos produits doivent être efficaces et stables dans les déplacements comme dans le temps.

> À l’origine, Capsum était issue d’un projet scientifique mené conjointement par l’ESPCI Paris Tech et l’Université de Harvard. Conservez-vous des liens avec la recherche ?

S. B. : Oui, nous continuons de travailler avec ces deux laboratoires, mais aussi avec d’autres comme l’EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne). De même, nous collaborons avec des start-up. La recherche et le développement constituent un quart de nos effectifs. Cela se traduit par une activité assez dynamique en termes de brevets. En 2012, nous en avions environ 25. Nous en sommes à une cinquantaine aujourd’hui. Sachant que nous ne nous contentons pas d’en avoir seulement de nouveaux : nous en épinglons ou en recyclons certains qui ne fonctionnent pas toujours bien sur le marché ; nous ne maintenons pas de brevet pour rien. Nous sommes également de plus en plus actifs dans le domaine des marques. Nous avons d’ailleurs dans nos effectifs une personne dédiée à la propriété intellectuelle et nous collaborons avec deux cabinets chargés de l’ensemble de ces dépôts.

> La contrefaçon est une préoccupation importante dans l’industrie cosmétique. En êtes-vous affectés ?

S. B. : Il s’agit évidemment d’une préoccupation de nos clients qui ont leurs propres mesures et programmes de lutte anti-contrefaçon. Nous ne sommes pas directement affectés. Nous avons bien entendu des concurrents, essentiellement coréens, mais c’est plutôt une bonne chose car cela nous indique que ce que nous créons a du sens. Nous restons cependant assez précurseurs dans la manière que nous avons eue de faire appel à des technologies très complexes et de repenser complètement les processus de production des cosmétiques.

> Enfin, quelles sont vos perspectives ?

S. B. : Bien entendu, nous voulons consolider notre position dans le domaine des soins de la peau que nous maîtrisons déjà bien. Pour cela, nous voulons accroître l’offre en misant à la fois sur l’innovation et sur l’internationalisation. Nous envisageons d’ailleurs l’ouverture prochaine d’une usine aux États-Unis. Mais nous cherchons aussi à étendre notre domaine d’activité. Que ce soit dans le domaine du maquillage, du parfum ou aussi de l’agroalimentaire, les perspectives ne manquent pas. Nous ne sommes donc pas très inquiets sur nos potentiels de croissance dans les années à venir.

La microfluidique

La microfluidique est la science et la technologie qui manipule des volumes de fluides de très petite taille (de quelques micromètres à quelques millimètres). Appliqué aux cosmétiques, le procédé permet d’enfermer un principe actif dans une goutte d’eau ou d’huile elle-même entourée d’une membrane de quelques micromètres à peine. Capsum a développé un procédé industriel breveté où chaque capsule est produite au goutte-à-goutte mais à très grande vitesse.