Immersion : un succès bien réel

Spécialiste de l’équipement en réalité virtuelle, la PME française est passée d’un rôle d’intermédiaire commercial à celui de créateur de nouvelles solutions. Une stratégie d’innovation basée sur l’anticipation permanente des usages et besoins.
 

La science-fiction a souvent su décrire en avance la réalité du monde à venir. En l’occurrence, ce n’est pas un livre mais un essai de 1993, La réalité virtuelle, écrit par Grigore Burdea et Philippe Coiffet qui a décidé Christophe Chartier à créer sa société, Immersion. L’homme est précurseur et audacieux : nous sommes en 1994, en pleine crise économique et bien avant l’explosion d’Internet. Pendant une dizaine d’années, l’activité principale d’Immersion est le négoce de produits et d’équipements de réalité virtuelle, en particulier entre les États-Unis, toujours précurseurs, et la France. « Durant cette période, l’innovation réside avant tout dans les moyens que se donne Christophe Chartier pour comprendre les nouveaux dispositifs, se projeter dans leurs usages et arriver à convaincre des clients », explique Jean-Baptiste de la Rivière, actuel directeur R&D. Le jeune PDG parvient en effet à séduire des clients prestigieux comme Airbus, Renault ou PSA de l’intérêt d’utiliser des prototypes numériques. Il faut dire que ces maquettes 3D permettent tests et ajustements, le tout pour un coût inférieur de 30 à 40 % par rapport aux prototypes physiques. 

Le tournant des années 2000

En 2004-2005, la réalité virtuelle devient incontournable dans les processus industriels. Impossible de designer un cockpit d’avion ou une nouvelle voiture sans s’y promener virtuellement, vérifier les usages, les parcours des clients et la pertinence des dispositifs technologiques. Les casques seuls jusqu’alors majoritairement utilisés ne suffisent plus. Immersion change d’échelle et propose désormais des salles dédiées aux usages de la réalité virtuelle, équipées des tout derniers outils : murs d’images immersifs, environnements 3D multi-écrans, vidéo-projection haut de gamme, etc. D’autres usages suivront comme la possibilité par exemple pour un groupe de clients étrangers de voyager ensemble virtuellement dans le métro qu’ils ont commandé à Alstom (qui dispose d’une salle de réalité virtuelle depuis 2013).

Du négoce à la recherche

En plus de cette activité d’intégration qui accompagne la maturation du secteur, Christophe Chartier prend une décision stratégique : dédier des équipes et des budgets à de la recherche pure. Jean-Baptiste de la Rivière qui vient de décrocher une thèse en réalité virtuelle rejoint alors Immersion avec pour objectif de développer les idées qui seront les succès de demain. Il y a justement de gros appels à projets européens sur ces sujets, qui permettent à la jeune équipe de structurer plusieurs axes de travail. « Nous mettons au point des interfaces innovantes pour à la fois visualiser, collaborer et interagir », explique Jean-Baptiste de la Rivière. Dès 2006, son équipe s’intéresse au tactile et met au point des tables et des cubes tactiles 3D. Consécration rare pour une PME, ce travail est sélectionné pour être présenté lors de conférences académiques prestigieuses. « Une des raisons de ce succès réside certainement dans la pluridisciplinarité des collaborateurs », souligne Jean-Baptiste de la Rivière. Chez Immersion, qui compte désormais près de 45 salariés, des spécialistes de science cognitive dialoguent avec de designers d’interaction comme avec des développeurs mécaniques et électroniques. 

D’une expérimentation de la propriété industrielle à l’élaboration d’une stratégie

Au fur et à mesure du développement de la société, la question des actions à mener en matière de propriété industrielle devient pressante. « Nous étions conscients de la nécessité de protéger nos inventions par des brevets, mais sans maîtriser parfaitement les stratégies de propriété intellectuelle et en commettant parfois des erreurs comme oublier d’étendre le périmètre géographique », raconte Jean-Baptiste de la Rivière. Un premier diagnostic réalisé par l’INPI, Booster PI, permet déjà de sensibiliser le management de l’entreprise à ces questions. Puis en 2012, Immersion obtient le Trophée de l’innovation de l’Aquitaine décerné par l’INPI et bénéficie alors d’une Master Class. « Cela nous a permis de construire une vraie politique de dépôts de brevets ; nous avons également dédié une personne de l’équipe à ces questions de propriété industrielle », souligne-t-il. Aujourd’hui, l’objectif est de revenir sur les brevets déposés pour décider de leur pertinence et du périmètre géographique précis à adopter ainsi que d’identifier les axes de protection à améliorer. 

De nouvelles solutions toujours plus innovantes

Aujourd’hui, la société désormais leader européen du secteur continue de déployer ses efforts dans deux directions : la recherche, avec toujours cette volonté d’anticiper les nouveaux usages et les nouvelles technologies, d’une part. Et l’application des résultats des travaux de recherches précédentes, d’autre part. Ainsi, Immersion a mis au point une table de réunion nouvelle génération, « Meetiiim », qui permet à chaque participant non seulement de visualiser en 3D les projets, mais aussi de les modifier et d’interagir avec d’autres. C’est la suite logique des premières tables 3D conçues par la société. Avec un changement qui dépasse le simple bond technologique : « La table collaborative permet à chacun de prendre la main pour intervenir, cela change les relations entre les personnes et permet de révéler les idées de tout le monde », témoigne Jean-Baptiste de la Rivière. Autre succès, la plateforme logicielle « Shariiing » d’aide à la décision collaborative et immersive pour la salle de réunion qui peut s’insérer dans les processus industriels des clients. Comme pour chacun des produits d’Immersion, les trois "i", renvoient à l’imagination, l’immersion et l’interaction, trois termes mis en avant... en 1993 dans le livre La Réalité virtuelle. Décidément précurseur.