Et si les plantes, au lieu d'être récoltées et détruites pour en extraire leurs principes actifs, se contentaient de les « donner » ? C'est le pari fou de Plant Advanced Technologies (PAT), société nancéienne née en 2005 d'un brevet fondateur – « Plantes à traire » – récompensée par le Trophée INPI dans la catégorie « Brevet » en 2015. Dix ans après cette distinction, l'entreprise poursuit son développement mue, entre acquisitions, nouvelles filiales et diversification vers la bioproduction.
Tout part d'une profonde conviction écologique. En 2005, Jean-Paul Fèvre, président-directeur général, cofonde PAT avec Frédéric Bourgaud et Eric Gontier, deux chercheurs à l'origine du brevet « Plantes à traire ». Issu de travaux menés avec l'Université de Lorraine et l'INRAE sur « l'exsudation racinaire stimulée en aéroponie », ce brevet repose sur un principe : cultiver des plantes hors sol et récolter leurs molécules par les racines, en préservant la plante.
« Nous récoltons les molécules sans jamais détruire les plantes, ce qui supprime toute ponction sur la biomasse sauvage », résume Jean-Paul Fèvre. Par ailleurs, les cultures aéroponiques fonctionnent en circuit fermé, « sans pesticides et avec une consommation d'eau minime ».
Une exigence environnementale qui irrigue toute l'entreprise : « PAT s'engage à respecter les lois et règlementations nationales et internationales comme la Convention sur la biodiversité, le Protocole de Nagoya et la réglementation cosmétique européenne », peut-on lire sur le site de la société. Elle a d’ailleurs été récompensée par la médaille d'Or EcoVadis 2024 pour sa performance RSE, la plaçant parmi les 5 % des entreprises les mieux notées de son secteur.
Plant Advanced Technologies s'adresse aux industries cosmétiques, pharmaceutiques, agrochimiques et nutraceutiques, en quête de biomolécules végétales rares et innovantes. Sa production entre aujourd’hui dans la fabrication de produits anti-âge en cosmétique essentiellement.
Depuis 2015 et son introduction en Bourse (7,3 M€ levés), l'entreprise a « consolidé son développement industriel avec l'entrée au capital de trois partenaires stratégiques, procédé à deux acquisitions et implanté une filiale [PAT Zerbaz, ndlr] à La Réunion « pour valoriser la biodiversité tropicale », nous confie le PDG.
La nouvelle étape ? La fermentation. « Nous avons créé une autre filiale, Cellengo, pour étendre nos capacités à la fermentation microbienne et à l'ingénierie métabolique. La fermentation de précision développée par Cellengo produit des actifs rares sans monopoliser de terres agricoles », poursuit Jean-Paul Fèvre. Aujourd'hui, le portefeuille du groupe couvre ainsi l’ensemble de la chaîne : « procédés aéroponiques, fractions d’extraits rares, voies de bioconversion enzymatique et souches microbiennes propriétaires chez Cellengo », énumère-t-il.
Quand on négocie avec de grands groupes mondiaux, la propriété industrielle n'est pas un accessoire. « Les brevets sécurisent nos investissements en R&D et nous garantissent un monopole d'exploitation indispensable pour négocier avec de grands groupes mondiaux », insiste le dirigeant. Quant aux marques, elles « protègent notre identité technologique tout en certifiant l'éco-responsabilité et la traçabilité de nos procédés auprès des clients. »
L'accompagnement de l'INPI, notamment via la Master class PI de 2016, a consolidé cette stratégie : « il a permis d'aligner étroitement la propriété industrielle sur notre feuille de route stratégique et financière. Nous avons structuré l'arbitrage entre dépôts de brevets et maintien du secret industriel, tout en apprenant à mieux planifier nos extensions géographiques en phase avec nos négociations de partenariats ».
Reste à écrire le prochain chapitre de PAT. « Nous axons nos développements sur la bioproduction via Cellengo, avec l'industrialisation d'actifs pour la santé et la nutraceutique (notamment pour la mémoire et l'immunité). En parallèle, nous poursuivons les étapes précliniques de notre molécule thérapeutique anti-inflammatoire TEM825 via une autre de nos filiales, Temisis Therapeutics, et engageons de nouveaux partenariats de distribution pour nos actifs cosmétiques », confie Jean-Paul Fèvre.
De la racine à la molécule, la lauréate 2015 poursuit sa trajectoire, sans jamais rompre la chaîne de l'innovation.
1 La Master Class PI est un accompagnement composé de temps de formation et de coachings personnalisés pour faire de la propriété intellectuelle (PI) un facteur clef de succès pour l’entreprise.
2 La bioproduction désigne la production de molécules d'intérêt par des organismes vivants ou des processus biologiques (culture de plantes, fermentation microbienne), sans recours ni à la pétrochimie, ni à des prélèvements massifs sur la ressource naturelle.
Titre
Données clés (2025)* :
- Année de création : 2005
- Effectif : 34 (groupe)
- Chiffre d’affaires : 2,5 M€ (combiné)
- Budget R&D : 1,6 M€ (groupe)
- Budget propriété industrielle : 70 k€
- Principaux pays d’exportation : Suisse et Allemagne
*déclaratif entreprise
Titre
Portefeuille de titres de propriété industrielle (2026)* :
- Nombre de brevets en vigueur détenus par l’entreprise : 26
- Nombre de marques : 9
*déclaratif entreprise