Neosteo : la haute technologie française au service des implants en chirurgie

Depuis 2009, la PME nantaise a fait le choix de développer des implants utilisés dans la chirurgie conservatrice du genou, du pied et de la main. Avec un double objectif : répondre aux besoins du chirurgien et au confort du patient. Concentrés de technologie, les implants Neosteo s’exportent aujourd’hui au Japon, en Australie et aux États-Unis.
 

À la fin des années 2000, Guillaume Derouet, qui possède une connaissance approfondie des prothèses orthopédiques pour avoir d’abord travaillé comme responsable qualité puis monté une première entreprise dans le secteur, met le doigt sur un problème posé par les modèles existants sur le marché : une fois passées les douleurs post-opératoires, de nombreux patients opérés du genou continuent de se plaindre de douleurs résiduelles liées au frottement de la prothèse sous la peau. De leur côté, les chirurgiens déplorent le fait que ces prothèses ne permettent pas de reposer immédiatement le pied par terre. D’où des temps d’hospitalisation, d’arrêt maladie et de rééducation longs pour les patients. Bien décidé à s’attaquer à cette double problématique, Guillaume Derouet vend son entreprise en 2009 pour fonder Neosteo avec Benoît Gayraud. Leur quête : trouver une solution qui porte à la fois sur la technologie de fixation de la prothèse et sur la forme de la plaque qui ne fait plus que trois millimètres d’épaisseur.

L’arthrose du genou touche de nombreux patients à partir de cinquante ans. Elle est généralement liée à l’usure prématurée du cartilage qui découle d’un désaxement du membre inférieur. Avant d’envisager la pose d’une prothèse du genou, les médecins préconisent souvent une ostéotomie. Afin de corriger le défaut d’alignement, on pratique une section de l’os sur le tibia sur lequel est placée une prothèse qui est ensuite retirée une fois que l’os est consolidé. Les douleurs liées à l’arthrose disparaissent alors. Cet acte de chirurgie conservatoire permet à un patient de gagner 10 à 15 ans avant d’envisager l’éventuelle pose d’une prothèse. 

Deux années de R&D
Deux ans s’écouleront finalement entre la création de l’entreprise et la pose de la première prothèse. Un temps long de recherche et développement qui s’explique par une double nécessité : d’une part, obtenir l’ensemble des certifications nationales et européennes indispensables à la vente de matériel médical ; et d’autre part, le besoin de trouver les fonds nécessaires au lancement de l’activité de Neosteo. « Au tout début, nous avons investi sur nos fonds propres, mais rapidement nous avons intégré le pôle de compétitivité interrégional Atlanpole de la région nantaise. Cette structure a eu un rôle de catalyseur : elle nous a aidés à nous structurer et à identifier les possibilités de financements. En 2010, nous avons été lauréats du concours d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes organisé par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Nous avons alors complété la somme par des emprunts », explique Guillaume Derouet.
Quant au travail de R&D, il se fait en collaboration avec des chirurgiens qui interviennent pour valider le bénéfice à la pose et le confort du patient. Rapidement, la société nantaise étend sa technologie à d’autres pathologies. Elle décline aujourd’hui trois gammes protégées par des brevets et des marques : Flexitsystem pour l’ostéotomie du genou, Dynafitsystem pour la chirurgie du pied et Gripitsystem pour la chirurgie de la main.

La qualité française comme argument de vente
Neosteo a mis la garantie de qualité au cœur de ses préoccupations, dans un domaine déjà soumis à de très nombreuses normes : « Les scandales sanitaires comme celui des prothèses mammaires PIP ont conduit en quelques années à une inflation en matière de réglementation. Pour les laboratoires, ces normes représentent un coût important qui limite les marges nettes. Mais pour le patient, c’est un gage de sécurité essentiel » précise le directeur général de Neosteo. Au sein de l’équipe de 13 personnes, trois sont justement dédiées à la qualité. De plus, l’essentiel de la production est concentré sur le site de Nantes. « Notre matière première — le titane, l’inox et quelques plastiques — provient des États-Unis mais 80 % de notre production se fait en interne. Pour les 20 % restants, nous faisons exclusivement appel à des entreprises françaises et privilégions une démarche locale, gage de la qualité de notre savoir-faire. » À l’étranger, où Neosteo réalise 70 % de son chiffre d’affaires, la qualité française est un argument de vente : « La chirurgie française jouit d’une très bonne image à l’étranger. Cela vaut également pour les laboratoires français d’où proviennent de nombreuses innovations en orthopédie, explique Guillaume Derouet. Nous avons également une forme de créativité et une sensibilité qui séduisent à l’étranger et nous permettent de nous démarquer, notamment de notre concurrence allemande. Mais la technologie et l’innovation ne sont pas tout. Elles nous permettent d’ouvrir les bonnes portes auprès des médecins. La relation que notre commercial va ensuite nouer avec le chirurgien est déterminante ».

Une politique de brevets au cœur du développement
Une démarche qui paie. La PME nantaise s’est fait une place dans un secteur en pleine explosion : en 2010, le marché mondial des prothèses articulaires pesait un peu plus de quatre milliards de dollars ; il devrait doubler d’ici 2020. Un boom qui soumet les acteurs du milieu orthopédique à un risque accru de contrefaçon : « Il est difficile pour une PME comme la nôtre de nous prémunir efficacement de ce risque-là. Aussi, nous visons prioritairement des marchés sûrs, comme les États-Unis, qui représentent plus de la moitié du marché mondial, ou encore l’Australie et le Japon. Ce qui est cohérent d’ailleurs puisque l’ostéotomie est une opération essentiellement pratiquée dans les pays riches. Nous travaillons pour cela avec l’antenne de l’INPI à Nantes et avec un cabinet qui gère notre portefeuille de brevets ». Les nouveaux brevets sont systématiquement déposés en France puis étendus, via le PCT (Traité de coopération en matière de brevets), dans les pays cibles de marché ou en fonction de la pertinence du brevet. À ce jour, la PME nantaise compte à son actif une dizaine de brevets. Un outil de protection, mais aussi de valorisation de l’entreprise : « Le but d’une PME, c’est de valoriser un savoir-faire, notamment auprès de ses investisseurs, affirme Guillaume Derouet. Et déposer un brevet offre justement une valeur supplémentaire à l’entreprise en termes d’innovation ».