« Dessins & modèles ou marques : des actifs que l'on peut valoriser »

Dans notre série sur le rôle de la propriété intellectuelle dans la croissance des start-up, rencontre avec Frédéric Kuntzmann, président et cofondateur de My-Serious-Game, un studio qui conçoit et développe des formations digitales sur mesure.
 

Il existe déjà beaucoup d’acteurs sur le marché du e-learning. Comment avez-vous réussi à être innovant ?
Frédéric Kuntzmann : Cela faisait dix ans que je travaillais et que j’étais passionné par la problématique humaine du management et des RH. Je me demandais comment trouver des leviers pour mobiliser une équipe. Sur le marché du e-learning, je voyais que les entreprises concevaient leurs outils, puis demandaient aux clients de s’y adapter. C’est cela qui m’a donné l’idée de créer une solution qui se construirait autour des demandes d’un public particulier, avec une culture d’entreprise propre et une façon d’apprendre spécifique. Nous avons fondé My-Serious-Game sur une double innovation pédagogique et technique. Du point de vue pédagogique, nous nous adaptons à l’apprenant grâce à des algorithmes qui nous permettent de personnaliser le cours. Par exemple, nous dispensons certains participants de cours qu’ils semblent maîtriser, ou alors nous posons tout de suite des questions pièges lorsqu’il s’agit de seniors expérimentés. Nous avons également renforcé l’attractivité de nos cours en faisant appel à différents profils de métiers : scénaristes, agences de pub, etc. Du point de vue technique, nous avons développé un système qui permet de jouer à plusieurs, jusqu’à 10 000 personnes à la fois ! Ainsi l’apprenant n’est plus seul, il peut partager des défis ou des réussites.

Êtes-vous confronté à des difficultés spécifiques concernant la protection de vos services ?
F. K.
: En ce qui concerne notre innovation technique, il faut savoir que le marché est émergent. Nous voudrions présenter une solution complète et structurée au CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas en janvier 2018. Par ailleurs, il est compliqué de protéger nos solutions de formation en ligne par des brevets. Nous avons recours à d’autres mesures, comme le e-Soleau, qui est un système économique et facile pour établir la preuve d’une création à une date donnée. Tous les mois, nous protégeons de cette manière nos scenarii et nos infographies. Enfin, nous veillons à ce que les productions de notre équipe soient considérées comme des œuvres collectives, ce qui permet de garder dans l’entreprise toutes les créations, même si certains de leurs auteurs s’en vont.

En quoi votre stratégie de propriété industrielle est-elle un levier de croissance pour My-Serious-Game ?
F. K.
: Au début, ce qui m’a motivé était avant tout de protéger les innovations, et donc de valoriser ma société. Je ne connaissais pas grand-chose en matière de propriété industrielle et je souhaitais surtout sécuriser mon entreprise dans sa croissance. Aujourd’hui, nous sommes en train de diversifier notre activité. Nous travaillons par exemple sur la production de ce que l’on appelle un « game play », une interface de navigation avec certaines qualités spécifiques. Grâce à ce moteur, nous pouvons imaginer de nouvelles solutions duplicables à grande échelle. Ainsi, nous constituons des actifs que l’on peut valoriser (dessins et modèles, marques). Cela se traduit par des immobilisations dans le bilan et une valorisation financière de l’entreprise. Dans ce cadre, la stratégie de propriété industrielle devient encore davantage cruciale puisqu’elle crédibilise l’entreprise et est au service de notre croissance.