Faire rimer information et innovation

Lauréate des Trophées INPI en 2002, Noremat conçoit et commercialise des solutions pour la maintenance des accotements routiers, l'entretien du paysage et la valorisation des déchets verts. La politique d'innovation de la PME lorraine, en croissance constante depuis sa création en 1981, repose en grande partie sur sa gestion intelligente de l'information. Rencontre avec Carole Henry-Pavani, responsable gestion de l'information.
 

> Quelle est la place de l'information dans la politique d'innovation de Noremat ?

Elle est centrale. Innovation et veille technologique vont de pair depuis la création de l'entreprise. Notre dirigeant dit toujours « il faut créer son propre terrain de jeu et pour ça avoir toujours une longueur d'avance ». Avoir l'information avant la concurrence, c'est avoir une longueur d'avance. Chez nous, il n'y a pas que des discours autour de l'innovation, il y a des actes. La preuve par exemple avec mon poste de « responsable gestion de l'information » qui a été créé dès 2001, alors qu'on était encore une petite structure de moins de 100 personnes à ce moment là. C'est pareil avec le poste de designer créé à la même époque. Innover c'est se démarquer dans les produits, le design mais aussi le service et l'organisation.

 

> En quoi consiste votre poste de « responsable gestion de l'information » ? Est-ce que vous êtes en charge de toute la veille technologique ?

Non, justement, il est très important de sensibiliser tous les salariés au rôle et à la valeur de l'information. Bien sûr, je réalise moi-même un peu de veille, mais je dois surtout faire en sorte que chacun ait le réflexe de faire remonter l'information. Par exemple les chefs de produit observent plutôt la concurrence et les produits. Les commerciaux et les techniciens font eux des rapports de visite très précis après leurs passages chez les clients. Nous avons plus de 25 000 rapports de visite dans nos bases ! Je diffuse les informations plus stratégiques à la direction ou au service marketing. Avec le bureau d'études, nous étudions les brevets. L'information, c'est vraiment le rôle de chacun dans l'entreprise. D'ailleurs, je forme tous les nouveaux embauchés sur le sujet. Mais si ça concerne chacun, ça ne peut pas être l'affaire de tous, sinon ce n'est l'affaire de personne ! C'est pour ça qu'au-delà de la sensibilisation, mon rôle consiste surtout à conseiller sur la manière de collecter l'information, de la classer et de l'utiliser, notamment à travers des bases de données. Nous allons d'ailleurs bientôt faire évoluer notre système d'information vers un intranet.

 

> Quels types d'informations sont recueillis et comment ?

Concernant les clients, je vous ai parlé des rapports de visite. Nous regardons aussi bien sûr la concurrence à travers les salons professionnels, les revues spécialisées et les sites web. Nous suivons également les fournisseurs. Nous surveillons la réglementation et les normes. Nous allons même plus loin en faisant partie des comités de normalisation. Nous nous intéressons aussi aux tendances sociétales, aux évolutions dans les manières de vivre. C'est par exemple ce qui a nous a permis de nous préparer en amont à notre diversification dans la valorisation des déchets. Nous faisons tous les ans, en nous mettant au vert quelques jours, une réunion prospective qui nous pousse à nous projeter à 5 ou 10 ans. Enfin, nous surveillons les brevets sur nos marchés.

> Quelle est l'importance des brevets et de la veille technologique les concernant ?

La veille brevets sert à alimenter le bureau d'étude. À la fois pour leur donner des idées de ce qui se fait et éventuellement indiquer les pistes déjà verrouillées par la concurrence. Quant à nos brevets, ils sont une arme stratégique. Ce sont les témoins de notre innovation. Ils participent à notre image de marque. Ils sont d'ailleurs toujours mis en valeurs dans nos documents de présentation et dans les appels d'offres. Nos commerciaux et nos clients en sont friands ! Parfois, c'est aussi une manière d'occuper le terrain par rapport à la concurrence.

 

> Est-ce que la veille d'information joue un rôle dans la lutte anti-contrefaçon ?

Oui, absolument. Nous avons eu un cas à mon arrivée chez Noremat. Un concurrent présentait sur un salon une machine qui copiait l'une de nos invention protégée par un brevet. Nous l'avons fait constater par huissier mais nous n'avons pas été jusqu'au procès. Nous avons préféré trouver un accord à travers un contrat de licence qui nous a permis d'être deux à faire connaître le produit. Il ne faut pas toujours être agressif, il faut savoir se préserver et opter pour les voies les plus appropriées. Nous avons eu deux ou trois autres cas de contrefaçon qui ont tout de suite été repérés et arrêtés avec un courrier.

 

> Responsable de l'information, un métier d'avenir ?

Je ne sais pas, peut-être ! Une chose est sûre, avec Internet et la masse d'informations disponibles gratuitement, il faut être d'autant plus prudent sur la valeur de l'information et son usage. C'est donc un poste qui s'oriente moins vers la collecte que sur des recherche plus complexes et sur la valorisation de l'information. À la création de mon poste, quand les gens s'en étonnaient et interrogeaient notre dirigeant sur les coûts d'un tel système de gestion de l'information, il faisait un parallèle avec le management dans l'entreprise : on ne peut pas le quantifier, mais c'est essentiel !

Chiffres clés.

  • Portefeuille PI : 30 familles de brevets, un dessin et modèle, une quarantaine de marques.
  • CA : 51 M€.
  • 250 salariés.
  • R&D : 17 personnes et 4,5% du CA.

Créée en 1981, Noremat propose alors uniquement un service de maintenance pour le matériel et les machines d'accotements routiers. Très à l'écoute des clients et ayant toujours un coup d'avance, la PME va successivement vendre puis concevoir du matériel. C'est en 1989 qu'elle dépose son premier brevet portant sur une pièce. Leader sur le marché du fauchage, l'entreprise s'ouvre en 2007 à la valorisation des déchets verts. Et c'est en 2012 qu'elle lance l'automoteur VSV, le premier véhicule intégralement pensé et conçu pour les accoroutistes.

L'innovation dans le service et l'importance de la relation clientèle font partie de l'ADN de Noremat. En 2000, la PME décide ainsi de valoriser le métier de ses clients en leur trouvant un nom, inexistant jusque là : ce seront les « accoroutistes ». L'entreprise investit même dans une campagne de presse. Le nom, déposé en tant que marque à l'INPI, est vite adopté par le marché. A tel point que Noremat cède plusieurs licences gratuites pour que ses clients puissent l'utiliser. La généreuse et stratégique PME finira même par abandonner la marque pour qu'elle soit utilisable par tous.