« Tout l'art est de trouver la bonne variable et le bon indicateur d'innovation »

Dans notre série sur le rôle de la propriété intellectuelle dans la croissance des start-up, rencontre avec Christian Frisch, cofondateur de C-Radar. Licenciée INPI, la start-up créée en 2011 est spécialisée dans le marketing prédictif B2B grâce à des outils d’analyse des data.
 

Vous faites partie des entreprises qui ont demandé une licence auprès de l’INPI pour réutiliser ses données. Pouvez-vous expliquer votre activité à partir de ces data ?
Christian Frisch : Nous sommes en effet licenciés sur toutes les données ouvertes de l’INPI, c’est-à-dire sur l’intégralité des dépôts de marques, brevets, dessins et modèles en France, ainsi que plus récemment sur les comptes annuels des entreprises. Ces informations vont nourrir nos outils de marketing prédictif. Grâce à ce socle de données, ainsi qu’aux millions d’informations supplémentaires que nos logiciels récupèrent, trient et analysent avec des algorithmes, nous sommes en mesure par exemple d’identifier les entreprises susceptibles de déposer un brevet, ou bien de repérer les marchés cibles pour un produit. Nous proposons des services innovants pour des clients aussi divers que le ministère de l’Enseignement et de la Recherche, la Banque Postale, la SNCF, Axa, l’INPI ou de nombreuses start-up.

Sur quoi s’appuie votre stratégie d’innovation ?
C. F. : Comme nous sommes une petite équipe, nous pouvons avancer très vite et de manière agile. C’est un avantage, surtout lorsque l’on doit analyser des masses de données importantes, avec des niveaux de précision différents. Tout l’art est de trouver la bonne variable, le bon indicateur d’innovation, ce qui implique de bien connaître et valoriser les données. Un principe de management qui me tient à cœur consiste à développer la polyvalence chez nos salariés. Chacun a un majeur – un point fort –, mais tous sont capables de maîtriser tous les aspects du traitement de données. Cela permet à nos « geeks » d’être aussi en contact avec les clients, et à nos commerciaux de maîtriser notre technologie. Par ailleurs, nous participons à plusieurs projets de recherche, tels que Wave (un traitement en temps réel de données massives), un programme mené avec Suez et Atos Origin dans lequel C-Radar est chargé de la data-visualisation, ou X-Data (sur les nouveaux usages de données massives) avec des grands groupes comme Orange, La Poste, EDF, des start-up et des laboratoires de recherche.

Quelle est votre politique en matière de propriété intellectuelle ?
C. F. : Il est compliqué de protéger du code informatique en France. Pour maintenir notre compétitivité, nous tentons d’innover plus vite que les autres. Nous avons une stratégie ouverte en matière de propriété intellectuelle : nous contribuons à des projets open source, mais toujours avec des licences. Ce dernier point est important à nos yeux. Nous sommes d’accord pour partager les connaissances acquises, mais ne souhaitons pas que d’autres se les approprient sans nous citer ou sans notre accord. Les licences open source et open data permettent à la fois cette ouverture et cette protection nécessaire. Nous encourageons d’ailleurs nos clients à proposer leurs données en open data avec de telles licences, notamment dans le cas de l’administration, qui a un devoir – depuis 1789 ! – de rendre des comptes aux citoyens.