Rhône-Alpes

Rango et Wizigo : le design au service de la mobilité intelligente

12 / 04 / 2018
Créée en 2015, la start-up GoSense est spécialisée dans la conception et le développement de solution de mobilité intelligente à destination des déficients visuels. Les cofondateurs, François Birot, issu du domaine de la réalité virtuelle et Hugues de Chaumont du domaine de l’entrepreneuriat, ont mis au point Rango : un bouclier virtuel pour canne blanche et Wizigo : le premier GPS communautaire pour non et malvoyants. Le studio Entreautre, en charge du design produit et de l’animation des ateliers utilisateurs les a rejoints dans cette aventure. Comment le design s’inscrit-il dans ce projet interactif ? Retour d’expérience avec le lauréat de l’Observeur du design 2018 récompensé par l’INPI : Hugues De Chaumont et Bertrand Vignau-Lous, designer de Rango Wizigo.
 
Crédit image GoSense / Equipe récompensée aux Trophées Smart Paris 2024

Rango est un produit électronique qui rend les cannes blanches intelligentes. Fixé sur une canne blanche traditionnelle, il permet à son utilisateur de percevoir et d’éviter les obstacles qu’il croise. Rango constitue un bouclier virtuel et intelligent qui vous protège en localisant les obstacles en trois dimensions et en identifiant ceux qui représentent un réel danger (protection de l’utilisateur de la tête aux pieds et d’une largeur d’épaules). Combiné avec les fonctionnalités de Wizigo, il est un compagnon de route qui permet à son utilisateur de se déplacer seul, facilement et en toute sécurité. L’application Wizigo est le premier GPS communautaire qui permet à une personne déficiente visuelle de s’orienter en ville grâce à du son spatialisé. L’utilisateur peut ainsi se rendre facilement à son objectif, sans sortir son téléphone de sa poche… Elle s’articule aussi avec un portail web : myWizigo.com, qui permet à tout à chacun, gratuitement, de prêter ses yeux en créant tout un réseau de chemins sonores. Un clic c’est une balise virtuelle de posée.

Rango a bénéficié d’une double protection avec un dépôt de brevet sur la technologie de réalité augmentée sonore « 3D Sensor » et aussi un dépôt de modèle communautaire sur les capteurs de position.

Venez découvrir le produit exposé actuellement dans les locaux de l’INPI

En savoir plus sur le site de GoSense

En savoir plus sur le site d'Entreautre

Quelle est la genèse de GoSense et de Rango Wizigo ?

Hugues DE CHAUMONT : Avec François Birot, nous souhaitions travailler sur des produits à fort impact social autour des « sens » de l’Homme. Comment substituer un sens par un autre et comment augmenter l’environnement de façon sonore ? Tel était le postulat de départ du projet GoSense et du développement de Rango et Wizigo.
Nous avons donc cherché à concevoir des capteurs 3D qui aideraient les personnes déficientes visuelles pour se déplacer avec le son au centre de notre processus d'innovation. Finalement GoSense, ce sont des yeux dans les oreilles. Après une étude de marché de 6 mois pour comprendre l’écosystème français des handicapés visuels et ses principales parties prenantes (associations d’aveugles, réseaux de Lyon, Ile-de-France, instructeurs en locomotion, ergothérapeutes, scientifiques…) ; nous avons élaboré des sessions de formation aux outils d’aides techniques. Des cycles itératifs courts de mises en situation ont permis le développement de prototypes et de maquettes sans cesse reconsidérés au fil des semaines. Les projets de GoSense sont avant tout centrés sur les usages et favorisent la sécurité, le bien-être et le divertissement des utilisateurs.

Bertrand VIGNAU-LOUS : Avant de concevoir Rango et Wizigo, j’ai assisté à de nombreux workshop avec des personnes déficientes visuelles. Avec GoSense, nous avons collaboré autour de l’expérience du son spatialisé.
« Comment définir l’espace grâce à un retour sonore ? » tel était l’enjeu du projet. Pour répondre à cette question, je me suis déplacé en ville, les yeux bandés afin de comprendre la manière dont fonctionne la mobilité et quelles peuvent être les interactions avec les obstacles mais aussi le bruit en ville.

Crédit image : GoSense / Rango sur canne

2013 :

  • prix Jeunes Entrepreneurs de l’Année catégorie en émergence, organisé par Campus Création, le Grand Lyon et Lyon Ville Entrepreneuriat.

2015 :

  • dépôt de la marque et création de GoSense
  • dépôt du brevet « 3DSensor » basé sur la technologie de réalité augmentée sonore

2016 :

  • trophées Smart Paris 2024 (INSEP) : récompense pour les acteurs de l'innovation qui enrichissent la candidature de Paris aux Jeux Olympiques et Paralympiques 2024
  • dépôt d’un modèle communautaire sur les capteurs de position du Rango

2017 :

  • sortie du produit Rango
  • prix de l’Observeur du design

2018 :

  • levée de fond
  • lancement commercial de Rango, Wizigo en France et à l’étranger

Quel est le rôle du design dans votre projet « Rango & Wizigo » ? Quelles solutions avez-vous développé autour du design ?

H D.C : GoSense et Entreautre partagent l’état d’esprit du design ! Notre approche de l’innovation s’appuie sur un processus de co-créativité impliquant des retours de l’utilisateur final. Ce concept d’agilité sert le design car nous devons nous remettre en question constamment, avoir la faculté d’apprendre comme de désapprendre. L'évaluation des personnes aveugles a permis de placer la sécurité au centre de leurs besoins : la canne blanche ne détecte que les obstacles au niveau du sol (pas en hauteur), et peut passer à côté de certains d’entre eux ; l’orientation et la localisation constituent aussi des points essentiels pour les déficients visuels. Or les GPS piétons ne sont pas ou très peu adaptés à la marche et encore moins aux personnes à mobilité réduite (PMR) ; nous avons donc repensé le mode de déplacement des déficients visuels (Rango) tout en facilitant leur orientation grâce une application simple d’utilisation (Wizigo). Plus largement, notre but est de proposer une technologie à destination d'une population handicapée et par les usages communs, de l'étendre à d’autres marchés, au grand public.

B V.L : L’expérience terrain a nourri le design de l’objet. Nous sommes partis de l’analyse du produit et la manière de détecter les obstacles au sol mais aussi en l’air afin de créer une bulle de sécurité permettant d’avertir l’usager par un signal sonore. Grâce au son, nous permettons aux déficients visuels de repérer les obstacles en 3 dimensions.

Par rapport au choix de la solution développée, l’idée de départ n’était pas de concevoir un objet purement médical mais de « penser » Rango avec un positionnement proche des produits « high tech ». C’est-à-dire développer un produit ergonomique avec un petit capteur (léger-110 g contre 180g à 200g pour les produits de la concurrence) et de jolies couleurs tout en donnant un accès simple aux fonctionnalités. Cet système embarqué de capteurs permet de raisonner avec d’autres besoins, de croiser des informations en lien avec les travaux ou les lignes de transports urbains par exemple, soit tous types d’informations utiles pour la migration. D’ailleurs d’autres fonctionnalités, essentiellement par des mises à jour gratuites, de Rango et de Wizigo vont évoluer avec le temps.

Crédit image GoSense

L’INPI a accompagné GoSense dès 2013

GoSense a sollicité un entretien avec l’INPI pour être conforté dans ses démarches de propriété intellectuelle en 2013. En tant que juriste de formation, Hugues de Chaumont avait déjà certaines connaissances juridiques dans ce domaine. Au préalable, le projet avait été déposé sous enveloppe Soleau. Il était donc essentiel de mettre en place une confidentialité à toute épreuve.
« L’INPI nous a alertés sur les contrats de confidentialité et sur le fait de dévoiler les bons éléments aux bons interlocuteurs. Il s’agissait de convenir de signer des accords de confidentialité en identifiant clairement l’objet de l’accord et les informations concernées ainsi que prévoir une procédure de transmission claire et probante. De surcroît, il fallait être vigilant sur l’analyse scientifique détaillée des brevets déposés dans le même domaine en utilisant les bases de données brevet de l’INPI comme outil de veille. Enfin, un volet sur l’importance de l’évaluation du potentiel commercial de GoSense dans une perspective à long terme a été envisagé » relate Hugues de Chaumont.

GoSense a utilisé tous les outils de la propriété industrielle pour protéger ses innovations : brevet, marque, modèle. « Ces différentes étapes ont permis de renforcer notre stratégie en Propriété Industrielle et de rassurer nos futurs investisseurs. Nous avons apprécié la proximité et la pertinence des pistes de réflexions envisagées et nous gardons un lien avec l’INPI sur de futurs projets à l’international. » conclut Hugues de Chaumont.