L’innovation colle à la peau d’Urgo !

La société dijonnaise a su se réinventer à plusieurs reprises au cours de son histoire, en mettant à chaque fois l’innovation au cœur de son développement. Elle compte plus de 3 000 personnes, 2 000 marques, une centaine de familles de brevets et une croissance de 7 à 8 % par an.
 
Créd photo : Vincent Arbelet

À l’origine d’Urgo, on trouve une petite herboristerie créée à la fin du XIXe siècle à Dijon par Eugène Fournier et Pierre Bon. Peu à peu, elle diversifie ses activités pour se transformer en laboratoire. La Seconde Guerre mondiale lui porte un coup presque fatal, jusqu’à son rachat par Jean Le Lous, qui entreprend un vaste travail de transformation de l’entreprise et la lance dans quatre grandes activités : les adhésifs chirurgicaux, les pansements, les médicaments en vente libre et la pharmacie éthique (médicaments vendus sur ordonnance). En 1958, la marque Urgo est créée et commercialisée avec des slogans qui s’impriment durablement dans la mémoire des consommateurs, tels que « Y’a de l’Urgo dans l’air, y’a de l’air dans Urgo » pour les petits pansements à trous, révolution du marché à l’époque.

De l’herboristerie à l’industrie

À la mort du fondateur en 2002, son fils Hervé Le Lous reprend une société de plus en plus confrontée à la concurrence de géants pharmaceutiques mondiaux. « La pharmacie éthique était devenue une industrie qui n’était plus à la portée d’une entreprise familiale », explique Jean-François Robert, l’actuel Directeur général délégué d’Urgo RID (Recherche, Innovation et Développement). Hervé Le Lous rapproche Urgo des entreprises qu’il a lui-même créées, telles que les laboratoires Juva Santé, et réoriente l’entreprise en deux grands pôles. Urgo Consumer Healthcare regroupe toutes les activités de santé pour le grand public et compte des marques fameuses comme Humex, Juvamine et Mercurochrome. Urgo Medical s’adresse aux professionnels de santé et propose des solutions médicales de cicatrisation pour les plaies graves. Ce deuxième axe est stratégique : le marché des plaies complexes, relativement méconnu, n’en demeure pas moins immense. « En France, un million de patients sont concernés », souligne Jean-François Robert. Ulcères de jambes, escarres, plaies chez les patients diabétiques engendrent un coût de 10 000 à 50 000 euros par patient pour la collectivité. On estime par exemple que 15 % des diabétiques subissent des plaies aux pieds ; celles-ci peuvent s’infecter, ce qui conduit à l’amputation et dans certains cas, au décès. « Il y a beaucoup d’attentes insatisfaites. Nous nous sommes fixés une mission : changer la vie des patients qui souffrent de plaies sévères en développant des traitements plus efficaces », déclare-t-il.

Une organisation repensée vers l’extérieur

À côté des neuf usines disséminées dans le monde qui fabriquent la majorité des produits vendus par Urgo, l’entreprise a créé en 2016 trois structures pour « assurer l’avenir du groupe », selon Jean-François Robert : Urgo International a vocation à ouvrir de nouveaux marchés, surtout en Asie et en Amérique latine et à faire encore croître le groupe, qui compte aujourd’hui 22 filiales dans 50 pays. Urgo-Tech a été conçue en mode start-up pour réfléchir à la question des objets connectés. Et Urgo Recherche Innovation et Développement mène une politique d’innovation intense guidée par deux mots clefs : synergie et ouverture. « On a choisi de réunir dans une même entité 140 personnes qui travaillaient dans différentes branches du groupe, cela nous a permis d’augmenter le rythme d’innovation et de sortir des produits plus rapidement qu’avant », souligne Jean-François Robert. Des « innovation teams » confrontent les idées des chercheurs aux contraintes marketing, industrielles. Patients et médecins y sont associés. « Il y a dix ans, nous faisions tout nous-mêmes. Aujourd’hui, nous sommes davantage ouverts sur l’extérieur », poursuit-il. Des collaborations avec des centres de recherche d’excellence ont été établies. Cette nouvelle organisation va permettre d’accélérer le rythme d’innovation et d’enrichir la liste de celles déjà existantes comme : UrgoTul, un pansement qui n’adhère pas à la plaie et favorise la cicatrisation, UrgoClean, un pansement qui nettoie activement la plaie, ou encore UrgoStart, qui permet de réduire la durée de cicatrisation. Le résultat d’une politique et d’investissements en R&D qui ont été multipliés par deux en cinq ans.

Crédit photo : Vincent Arbelet

Une politique très active en matière de propriété industrielle

Le groupe a toujours eu une stratégie très active de protection de ses innovations... Et de ses marques ! « Nous comptons aujourd’hui environ 2 000 marques enregistrées, dont une vingtaine “historiques” à très forte notoriété », souligne Clément Drouet, directeur de la propriété industrielle. Même réflexe pour le dépôt de brevet : « On intervient très tôt en prenant le risque de déposer des brevets sur des éléments techniques en amont du développement, sans forcément tout connaître de la rentabilité future du produit », poursuit-il. Aujourd’hui, le portefeuille compte plus de 100 familles de brevets. Avec l’expansion internationale de l’entreprise, même si celle-ci est encore peu confrontée à la contrefaçon, le périmètre de protection est quasi systématiquement étendu à la Chine, aux États-Unis et au Canada. L’ouverture de la recherche à des laboratoires et centres académiques extérieurs, mais aussi à des start-up, a eu comme conséquence l’augmentation des dépôts de brevets en copropriété.

L’organisation a elle aussi été revue pour donner toute leur place aux questions de propriété industrielle. Quatre ingénieurs brevets sont intégrés tout au long du processus de développement des produits et donnent leur avis sur les solutions proposées. « Nous sensibilisons régulièrement nos chercheurs aux problématiques de la propriété industrielle pour qu’ils aient le réflexe brevet, notamment en évitant la divulgation intempestive de leurs idées », ajoute-t-il. Et les idées en question fusent. 

Demain, promoteur de biotech

Aujourd’hui, l’entreprise travaille sur un pansement lumineux. « On s’est rendu compte que certaines longueurs d’onde de la lumière activaient des cellules qui reconstruisaient la plaie », explique Jean-François Robert. Une recherche menée dans le cadre du consortium européen Medilight* et qui pourrait aboutir à des résultats d’ici cinq à dix ans chez l’homme. Autre piste : les biotechnologies, qui pourraient amener des cellules renforçant ou se substituant aux cellules endommagées. « L’avenir du pansement », résume Jean-François Robert.

 

* Medilight est un programme de recherche financé par l’Union européenne Horizon 2020 Research and Innovation programme sous le numéro d’agrément 644267.