Les laboratoires du réseau RS2E développent les batteries du futur

Finaliste des Trophées INPI 2020 catégorie Recherche, le réseau sur le stockage électrochimique de l’énergie (RS2E) est un groupement de laboratoires spécialisé dans les matériaux de stockage et de conversion de l’énergie. Implanté à Amiens, le RS2E développe, depuis sa création en 2011, de nouvelles solutions pour les batteries d’aujourd’hui et de demain. Rencontre avec Cédric Chazel, responsable valorisation.
 

  • Pouvez-vous nous parler de l’activité de votre laboratoire en quelques mots ?


Cédric Chazel : Le réseau sur le stockage électrochimique de l’énergie est un consortium de 17 laboratoires qui travaille, comme son nom l’indique, sur le stockage électrochimique de l’énergie, soit en d’autres termes les batteries et les super-condensateurs. Depuis 2011, notre mission est de concevoir et développer les batteries et super-condensateurs de demain

Nos activités de recherche se concentrent plus précisément sur les batteries lithium-ion bien connue du grand public, mais aussi sur des technologies alternatives ou complémentaires : les batteries sodium-ion, magnésium-ion, les batteries « tout solide », les systèmes aqueux, les batteries à flux circulant et les super condensateurs. De gros efforts de recherche sont consacrés au développement de batteries tout-solide. Pour certaines applications, la miniaturisation est un enjeu important, c’est pourquoi certains de nos laboratoires conçoivent et développent des micro-batteries et micro(super)condensateurs 3D.

Nous sommes également actifs sur les procédés de recyclage de batteries commerciales. Les méthodes de modélisation multi-échelles et plus généralement l’intelligence artificielle prennent de plus en plus de place dans nos recherches. Enfin, la conception de batteries intelligentes qui seraient capables de détecter leurs dysfonctionnements et de s’auto-réparer reste un véritable challenge. De tels systèmes ne verraient néanmoins pas le jour avant 2030 si les résultats sont à la hauteur. 

Une de nos particularités est que nous nous sommes dotés, il y a 6 ans, d’une petite unité de production de batteries à l’échelle préindustrielle, une plateforme de prototypage, pour valider les matériaux innovants développés en laboratoire. Cet équipement est un outil formidable de transfert de technologie puisqu’il permet de réduire le gap entre l’innovation et le produit potentiellement commercialisable par une entreprise. Il est hébergé à Amiens dans un nouveau bâtiment, le Hub de l’Energie, qui est la vitrine du réseau depuis 2017.

La spécificité de notre réseau de 17 laboratoires est que nous sommes liés à un Club d’industriels. Les entreprises membres couvrent une grande partie de la chaine de valeur et accèdent, moyennant une cotisation annuelle, à des informations privilégiées émanant de nos travaux de recherche.

 

  • Que représente pour vous cette nomination aux Trophées INPI ?


C. C. : Cette nomination est une immense opportunité de montrer ce que nous avons fait, faisons, et de ce qu’il nous reste à faire. Mettre en lumière nos activités, nos recherches est une vraie chance. L’INPI joue un rôle important dans la protection des résultats de recherche et vos Trophées ont acquis une grande notoriété dans l’écosystème de l’innovation depuis 30 ans maintenant, c’est un honneur d’y être associés. C’est une belle reconnaissance de notre stratégie d’innovation.

 

  • Vous êtes finaliste dans la catégorie Recherche, en quoi votre stratégie de propriété industrielle est-elle un levier de croissance ?


C. C. : La propriété industrielle (PI) est un moyen incontournable de valoriser nos travaux de recherche et de légitimer leur importance. Avoir une solide stratégie en propriété industrielle est un outil de communication qui permet de montrer le caractère innovant de nos recherches. Par ailleurs, être titulaire de titres nous permet de répondre à des appels à projets orientés « développement, maturation technologique »  et d’avoir accès à d’autres types de financement, et ainsi de renforcer la propriété intellectuelle, ce qui « dérisque » une technologie. Enfin, et c’est une des raisons les plus importantes, la protection de nos résultats par des actifs immatériels est une condition sine qua non pour que des chercheurs puissent participer à la création de start-ups, comme le prévoit l’actuelle loi PACTE, et comme l’avait prévu la loi Allègre en son temps.

 

  • Avez-vous un conseil à donner aux entrepreneurs et chercheurs ?


C. C. : Je conseillerais aux chercheur -, surtout les jeunes - qui souhaitent confronter le produit de leur recherche au monde socio-économique de se lancer, de ne pas avoir peur. C’est une véritable aventure passionnante et enrichissante ! Le domaine de l’innovation est en plein essor en France. Au-delà des offres de formation autour de l’entrepreneuriat et de l’innovation qui sont de plus en plus nombreuses, y compris dans les universités, il y a tout un écosystème d’acteurs qui s’est créé et qui permet d’être aidé, accompagné et suivi. Nul doute que les exemples de start-up qui se créent - certaines devenant même des licornes - en sont les meilleurs ambassadeurs.

La PI, et plus précisément la protection des résultats scientifiques par le dépôt de titres, est une étape incontournable dans la création de start-up. C’est un outil de développement et de croissance indispensable que doivent maitriser - ou à minima considérer- les entrepreneurs !

  • © Cyril FRESILLON - LRCS - RS2E - UPJ - CNRS Photothèque
  • © Cyril FRESILLON - LRCS - RS2E - UPJ - CNRS Photothèque
  • © Cyril FRESILLON - CSE- RS2E - CNRS Photothèque
  • Jean-Marie Tarascon, directeur du RS2E @CNRS_© Cyril FRESILLON