Histoire en images de la photographie

Photo de famille, de classe, d’art, de guerre, de paysage, ou encore selfie, la photographie immortalise un moment et raconte une histoire, dont le souvenir traverse les frontières, les siècles et les générations. A l’occasion de la journée mondiale de la photographie, jeudi 19 août, découvrez son histoire, ses progrès techniques et l’évolution de ses usages, à travers les brevets conservés par l’INPI depuis 1791.
 
  • Brevet d'invention déposé le 23 février 1895 par Kauffer pour « une chambre photographique formant sac de dame »
  • Brevet d'invention déposé le 3 novembre 1891 par Mattioli pour « un système de pied mobile pour vélocipèdes, etc. dit pied photo-vélocipédique »
  • Brevet d'invention déposé le 04 septembre 1888 par George Eastman pour « des perfectionnements dans les chambres noires photographiques »
  • Brevet d'invention déposé le 30 avril 1872 par Charles Fayel pour « un appareil photographique »
  • Brevet d'invention déposé le 19juillet 1871 par Alexandre-Fortuné Demange et André Yves pour « un genre de cartes pouvant être utilisées pour passeport, permis de chasse ou autres »
  • Brevet d'invention déposé le 21 septembre 1889 par Edmond Bloch pour « un nouvel appareil photographique dit Edmus »
  • Brevet d'invention déposé le 23 octobre 1858 par Gaspard-Félix Tournachon dit Nadar pour « un système de photographie aérostatique »
  • Brevet d'invention déposé le 11 octobre 1854 par Charles-Louis Chevalier pour « un appareil dit euphotographe »

 

Inventée par Nicéphore Niepce et Louis Daguerre, la photographie est dévoilée au public en 1839 à l’Académie des Sciences. La France achète le procédé, récompense les inventeurs et promet d’en doter « littéralement le monde entier », sauf l’Angleterre, considérée à l’époque comme l’ennemi industriel ! La photographie invention française donc ? Aujourd’hui encore les débats et découvertes récentes se disputent son origine.

Pour autant, c’est à partir de cette date que les premiers brevets d’invention sont déposés en France. Si elle est héritée de connaissances chimiques et optiques anciennes, combinées et perfectionnées dans la première moitié 19e siècle, elle est entièrement à inventer, dans sa forme comme dans ses usages. Pour les inventeurs, il s’agit à la fois de perfectionner les procédés et les appareils, d’assurer la pérennité des images dans le temps et surtout de réaliser la promesse de la photographie : être reproductible à l’envie, imprimable et diffusable.

Autre difficulté : le temps de pose relativement long, promettant de longues séances de pose aux portraiturés et empêchant les vues instantanées. Enfin, dernière difficulté majeure : lors de sa divulgation la photographie est promise comme facile, à la portée de tous, praticable sans connaissances préalables, mais il n’en est rien. Le matériel est couteux, les procédés artisanaux, les manipulations nombreuses et délicates. Les inventeurs vont alors breveter des matériels plus économiques, plus simples, plus légers, permettant de photographier en plein air et de développer les images sur place, comme par exemple dans une tente spécialement aménagée. Kodak démocratise la photographie en lançant son célèbre slogan « You press the button, we do the rest » [Vous appuyez sur le bouton, nous nous chargeons du reste]. C’est le début de l’industrialisation de la photographie.

A partir de là, le champ des possibles s’ouvre aux inventeurs de la photographie. Ils vont envisager tous ses usages possibles, toutes ses applications, et pour tous les utilisateurs ! Et l’imagination ne manque pas. On retrouve ainsi la photographie sur tissus, sur bois, sur ivoire, la photographie destinée à l’ameublement et à la décoration. Certains appareils sont créés spécifiquement pour les femmes pour ne pas se salir les mains. Certains inventeurs brevètent même des appareils cachés dans un chapeau melon ou dans des cravates à l’usage des espions ! Au début des années 1880, parallèlement à la création de l'anthropométrie judiciaire par Bertillon, un brevet est déposé pour l’une des premières cartes d’identité.

Au total, on compte plus de 4 000 dossiers de brevets dans le domaine de la photographie ou déposés par des inventeurs exerçant une profession liée à la photographie entre 1839 et 1901. Plus de trois mille déposants différents, représentant tout un panel d’individus, d’horizons variés, innovent et tentent de tirer profit de ce nouveau médium. La photographie apparait alors comme un nouveau débouché et une activité potentiellement lucrative parce qu’elle devient populaire et moderne. Un pari sur l’avenir ?

Parmi ces inventeurs on trouve à la fois des individus célèbres tels qu’Eugène Disdéri, inventeur de la photo-carte de visite en 1854 et photographe officiel de la famille impériale ou Félix Nadar, l’infatigable inventeur et son atelier renommé, qui repousse toujours les limites de sa pratique. Il brevète le tout premier système de photographie aérienne en 1858. Parmi les anonymes, on trouve des ébénistes, des bijoutiers, des horlogers, des chimistes, des artistes, mais aussi des ingénieurs ou des constructeurs. Ceux-ci vont parfois s’allier pour inventer ensemble de nouveaux appareils ou de nouveaux procédés.

Les archives conservées par l’INPI permettent aujourd’hui encore de documenter l’histoire technique de la photographie, de ses usages et de ses inventeurs. Découverte il y a près de 2 siècles, la photographie est plus que jamais au cœur de nos sociétés et n’a toujours pas fini de dévoiler ses secrets.