Devialet : futur géant français du son ?

 

Lauréat des Trophées INPI 2013 dans la catégorie brevet, Devialet détonnait déjà à l'époque par la qualité de sa technologie : un amplificateur mixte qui allie les qualités de l'analogique et la puissance du numérique. La start-up parisienne pouvait déjà se prévaloir de révolutionner le domaine audio avec un équipement aux performances sonores 10 à 1 000 fois supérieures à toutes les technologies existantes dans le monde. Depuis, Devialet a continué son chemin à la vitesse du son : conquête de marché, croissance exponentielle, et lancement du Phantom - un produit grand public sélectionné par Apple pour ses boutiques. Quentin Sannié, co-fondateur et directeur général nous raconte tout en reprenant là où on les avait laissés...

> Vous étiez notre lauréat brevet 2013, que s'est-il passé depuis ?

Tellement de choses ! Pour résumer, disons qu'en 2013 nous lancions une gamme d'amplificateurs experts et que fin 2014 nous étions leaders mondiaux sur ce créneau très haut de gamme. Ce sont des équipements pour passionnés et/ou professionnels [qui valent entre 5 000 et 30 000 €]. En 2015, nous avons sorti Phantom, notre premier produit grand public. À 1 690 €, il s'adresse à tous les gens qui aiment la musique et ont envie de s'offrir un bel objet pour en profiter. C'est lui que l'on retrouve dans tous les Apple Store.

 

> Votre ambition est-elle donc de couvrir toutes les gammes d'amplificateurs ?

Non : notre objectif est d'être le leader mondial du son ! Aujourd'hui, il se vend 100 millions de « devices son » par an dans le monde. Mais le marché des produits amplifiés, c'est-à-dire tout ce qui permet d'écouter du son ou de la musique [comme les télévisions, ordinateurs, smartphones, casques ou même voitures], représente 2,5 milliards d'unités par an. En fait, 96% du marché audio se  fait hors device son. Nous voulons mettre notre technologie partout. Phantom est le premier étage vers une ligne de produits grand public : une qualité parfaite et facile à utiliser.

> Vos marchés comme vos ambitions sont mondiaux, était-ce déjà au cœur de votre business model ?

Oui, nous sommes nés à international. D'ailleurs, au départ, 100% de nos ventes se faisaient hors de France. Le marché du son est mondial, on ne peut pas construire un business en se limitant à la France et à quelques dizaines de milliers d'euros ! D'autant que l'on s'adresse à ce qu'il y a d'universel en l'homme : l'émotion que procure la musique. Et je pense que l'on ressent tous la même chose face à une messe de Bach ou un concert de Jay-Z. Ce n'est pas une question culturelle mais bien de nature humaine, il n'y a qu'à voir le rapport des bébés à la musique. Nous sommes des citoyens du monde et personnellement, il y a vraiment très peu d'endroits où je me sente étranger : je vois surtout ce qui nous rapproche.

 

> Est-ce que cela veut dire que Devialet aurait pu être créé n'importe où ailleurs ? Ou que vous pourriez vous délocaliser ?

Nous pensons à l'international mais c'est naturel d'être en France et c'est bien ici que l'on devait créer Devialet. Tous les gens sophistiqués dans le monde veulent être Français ! Nous avons des richesses et une liberté exceptionnelle dans tous les domaines. Il n'y a qu'à voir les réactions internationales après les attentats du 13 novembre. Quel autre pays aurait pu susciter un tel amour ? J'ai reçu des centaines de mails du monde entier.

 

> Quelle est la clé de votre succès ?

Je pense que c'est un mix entre notre technologie, notre design et notre marketing. Ce qui correspond aussi à nos profils complémentaires avec mes associés et nos visions combinées : technologie, marché et design. Je ne crois pas qu'il existe de révolution qui ne soit le résultat de talents combinés. Quel avenir aurait eu les Beatles sans l'ingénieur du son qui les a enregistrés ?

 

> Comment cela se traduit-il en termes de marketing et de communication ?

C'est simple et extrême à la fois : on a la meilleure technologie du monde et on le dit ! Nous nous sommes beaucoup appuyés sur le web et les réseaux sociaux. Les relations presse ont compté aussi, d'autant que les magazines sont très prescripteurs dans ce milieu. Rien que sur les douze derniers mois nous avons eu 1270 articles à travers le monde. Enfin, des personnalités de tous les milieux nous soutiennent et veulent que ça marche : depuis nos actionnaires Bernard Arnault et Xavier Niel jusqu'aux chanteurs Jay-Z et will.i.am  « in love with Devialet » !

 

> En terme de croissance d'entreprise enfin, qu'est-ce que ces premiers succès représentent ?

Nous avons une croissance exponentielle, tout va très vite tout le temps. Fin 2013, l'année des Trophées, nous étions autour de 40 personnes pour un chiffre d'affaires de 3,2 millions d'euros. Il a été multiplié par 10 – plus exactement à 33 millions – et nous sommes maintenant 165, dont 50 ingénieurs et designers. Cette année, nous avons déposé une cinquantaine de brevets. C'est simple, notre croissance est de l'ordre de 20% par mois. Nous avons également ouvert des filiales en Grande-Bretagne, en Allemagne, aux Etats-Unis, à Singapour et à Honk-Kong. Nous avons 6 boutiques réparties entre Paris, Berlin et Londres. Nos fournisseurs sont passés de 4 à une trentaine. Nous avons même dû ouvrir notre propre ligne de production pour des haut-parleurs que personne n'arrivait à produire dans le monde. Il se trouve que c'est en France que nous avons trouvé le meilleur spécialiste et avons racheté son atelier ! Ces chiffres donnent le vertige et pourtant nous n'avons fait que 1% du chemin...

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