PredicSis : un gaulois au pays des big data

PredicSis, Talent INPI 2015, est une jeune PME bretonne spécialisée dans l'intelligence artificielle qui propose à ses clients des solutions de prédiction de comportements des consommateurs. Elle est aussi à ce jour la première et seule française à avoir été reconnue et sélectionnée par Amazon comme une start-up à suivre dans le domaine des big data. Retour sur ce succès fulgurant avec son co-fondateur Jean-Louis Fuccellaro.
 

L'essaimage : un contrat gagnant-gagnant

En 2013, après une grande partie de sa carrière passée à la R&D de Orange, notamment comme directeur général des laboratoires du groupe en Angleterre, Jean-Louis Fuccellaro se lance dans l'aventure entrepreneuriale. Il bénéficie alors du programme d'essaimage « Open innovation » de la société qui permet aux salariés de créer leur entreprise. Il est également influencé par le modèle anglais où il n'est pas rare de voir des chercheurs partir avec un brevet pour en développer eux-mêmes l'application. « Je me suis demandé quelle invention née dans les laboratoires Orange avait un fort potentiel d'application industrielle mais que le groupe n'avait pas vocation à développer lui-même » résume le fondateur de PredicSis. Et c'est sur un algorithme prédictif – c'est-à-dire capable d'anticiper les comportements des consommateurs –, qu'il jette son dévolu. Il presse déjà le boom des big data et la nécessité d'avoir les moyens de les traiter par l'intelligence artificielle. Même si à ce stade, rien n'est joué, loin s'en faut : « Moi qui baigne dans le milieu de la R&D et qui ai dirigé des dizaines de chercheurs, lors de la première démo de l'algorithme par ses inventeurs, je n'ai rien compris ! » s'amuse-t-il. Avec son associé complémentaire Bertrand Grezès-Besset, au profil commercial, ils se lancent avec l'ambition de « prendre cette invention et d'en faire une innovation, c'est-à-dire un produit qui réponde à des besoins, qui soit 'scalable', déployable dans le monde entier et facile à utiliser pour tous ». Ce que Jean-Louis Fuccellaro résume d'une formule amusante : « Quand vous parlez aux chercheurs, ils ont tout fait. Quand vous parlez aux clients, il manque tout ! » Le travail de PredicSis consistera donc à rendre simple un algorithme très compliqué. Quant au contrat qui lie la start-up à Orange, Jean-Louis Fuccellaro reste discret en parlant simplement d'un accord fondé en partie sur des royalties. Un modèle d'essaimage qu'il défend en tout cas comme gagnant-gagnant.

« Tout le monde dit qu'il a la meilleure technologie. Il faut le prouver. »

Les solutions de PredicSis permettent de rendre plus efficaces les campagnes marketing de leurs clients, essentiellement des banques, des assurances et des acteurs du digital. Si les techniques prédictives existent depuis les années 80, le boom des big data a changé la donne très récemment. En traitant les données clients, la machine PredicSis est capable de dresser des portraits robots et déterminer ainsi les publics a priori les plus réceptifs — à une offre de renouvellement, un abonnement, un produit, etc. « On double, au minimum, l'efficacité des campagnes marketing. Ce qui permet aussi de diminuer les appels ou les coûts. Par exemple, au lieu d'une campagne téléphonique de 100 000 appels, notre client pourra se concentrer sur les 10 000 personnes a priori les plus intéressées. Ou bien faire 10 campagnes de 10 000 appels ! » Sensibilisé aux questions de propriété intellectuelle, Jean-Louis Fuccellaro insiste pour que PredicSis protège tout ce qui peut l'être comme le logiciel, des techniques de 'scalabilité' ou de sécurité. En deux ans d'existence, l'entreprise a ainsi déposé quatre demandes de brevet et une autre est en cours. D'autres éléments restent en revanche secrets. Quoi qu'il en soit, le fondateur veille à défendre et valoriser la technologie de PredicSis. « C'est d'autant plus important que sur notre créneau très à la mode de l'intelligence artificielle et des big data, tout le monde dit qu'il a la meilleure technologie. Il est important de pouvoir le prouver, ce qui passe notamment par la performance, les brevets et les résultats concrets. »

La nuit et le jour...

Si les chiffres sont confidentiels, Jean-Louis Fuccellaro est fier de la croissance exponentielle de son entreprise qui compte déjà 25 salariés, principalement des docteurs et ingénieurs : « Notre chiffre d'affaires a augmenté de 250 % entre la première et la deuxième année. Et c'est notre objectif aussi pour 2016 où il atteindra plusieurs millions d’euros. » Sur ce marché international et concurrentiel, le tournant décisif pour la start-up bretonne a été la reconnaissance par Amazon US : lors de sa grande conférence annuelle à Las Vegas, devant un parterre de 19 000 participants, Werner Vogels, directeur technique et vice-président d'Amazon a en effet présenté PredicSis comme l'une des quatre start-up à suivre dans l'univers des big data. « Ça nous a énormément crédibilisés. Entre l'avant et l'après Las Vegas, c'est le jour et la nuit. Ou plutôt la nuit et le jour ! » L'entrepreneur compte bien bénéficier encore un moment de l'effet Amazon pour développer PredicSis à l'international : « 70 % du marché est aux «États-Unis. C'est plus développé là-bas. On va garder notre R&D en Bretagne et développer des filiales commerciales sur place. Avec le Cloud, on peut traiter techniquement un client à New-York depuis Lannion ! Mais il faut quelqu'un sur place pour la relation commerciale. » Quand on lui demande comment cette implantation française est perçue aux États-Unis, le breton nuance sa réponse : « C'est plutôt un point positif d'avoir la R&D ici parce que les français ont une très bonne réputation technique, notamment en mathématiques et dans les logiciels. Ceci dit, les américains n'y accordent pas tant d'importance que ça, ils sont très pragmatiques : ce qui compte, c'est l'efficacité. » Mais le jeune chef d'entreprise voit tout de même un autre avantage majeur à garder le cœur de l'entreprise en France : « Non seulement il est très difficile de trouver de bons ingénieurs aux États-Unis mais en plus si on avait créé PredicSis là-bas, on aurait déjà été racheté par un grand groupe. » C'est donc bien depuis son village peuplé d’irréductibles ingénieurs… que le fondateur de PredicSis compte conquérir le monde des big data.