Polaris : l'innovation pour moteur

 

Nous avons démarré avec pas grand-chose en poche... mais avec une innovation qui a tiré l'entreprise dès le départ.

Gildas Breton, co-fondateur de Polaris

Créée en 1994 à partir d'une innovation brevetée, la PME bretonne a su s'imposer sur le marché international des lipides nutritionnels, notamment les Oméga 3. Une réussite en biotechnologie française qui s'appuie sur un savant mélange d'intuition, de technique, de stratégie commerciale et au prix de quelques sacrifices... Retour sur l'histoire de ce Talent INPI avec Gildas Breton, co-fondateur et directeur de la R&D de Polaris.

Technique et pédagogie

Il suffit parfois d'une bonne intuition pour construire une entreprise pérenne. Il y a plus de 20 ans, Gildas Breton, biologiste dans l'aquaculture, remarque ainsi que les Omega 3 augmentent les taux de survie des espèces marines. « Et si c'était la même chose pour l'homme ? », s'interroge le scientifique qui décide de monter une entreprise sur cette idée audacieuse. Il s'associe pour cela avec Stéphane Lozachmeur, océanographe de formation et commercial de carrière. Dès le départ, ils misent tout sur l'innovation en développant une technique brevetée de concentration des Oméga 3 dans les huiles qui répond à la demande d'un grand laboratoire pharmaceutique. « Nous avons démarré à deux et avec pas grand-chose en poche mais une innovation qui a tiré l'entreprise dès le départ » se remémore le fondateur de Polaris. Leur modèle commercial est aussi trouvé : ils vendront leurs produits directement aux laboratoires de compléments alimentaires principalement et non aux consommateurs finaux pour ne pas concurrencer leurs clients. « C'est un marché qui a besoin d'une innovation permanente, les laboratoires y sont très sensibles et aiment avoir leurs propres produits exclusifs » explique Gildas Breton. D'ailleurs, à peine la question de la concentration en Oméga 3 résolue, il s'attaque à celle des solvants pour les substituer par des produits plus naturels. Tous ces essais et recherches sont à l’époque menés dans un petit laboratoire installé à Quimper. Mais la technique ne suffit pas sur ce nouveau marché : il faut aussi faire beaucoup de pédagogie auprès des prospects et clients – un rôle dévolu à son associé Stéphane Lozachmeur qui gère le développement commercial de leur toute petite entreprise.

 

Des brevets comme clés du succès

C'est cinq ans après la création de Polaris que le marché des lipides santé décolle vraiment. « Comme on était les premiers et déjà reconnus pour notre savoir-faire technique, nous sommes devenus tout de suite leaders en France » raconte Gildas Breton. S'ils passent alors à 10 salariés, la capacité de production de la PME bretonne reste limitée. Les co-fondateurs décident donc de monter un partenariat avec un acteur norvégien dont Polaris devient le distributeur officiel en France. Tout en misant sur l'innovation encore et toujours pour leurs propres produits : « En 2005, nous nous sommes attaqués à la stabilisation des huiles de poisson afin de limiter au plus le développement d'odeurs indésirables. Ces recherches ont fait l'objet de deux brevets. C'est vraiment la clé de notre succès par rapport à la concurrence pourtant représentée par des entreprises bien plus grandes que nous » explique Gildas Breton. En 2008, en suivant toujours la même stratégie d'innovation et de croissance, Polaris développe une technique de distillation des huiles et se rapproche de la ressource en liant un partenariat avec une unité de production d'huile à partir de co-produits marins à l'Ile Maurice.

Indépendance vs. croissance

Les concurrents ne sont pas seulement plus grands, ils sont aussi internationaux. Aussi, si la PME reste leader en France, elle vise depuis quelques années un développement hors hexagone indispensable à sa survie : « Le marché s'est mondialisé et est très concentré. Il n'y a qu'une trentaine d'entreprises en tout et ce sont des géants ! » résume Gildas Breton. En 2012, les deux cofondateurs font alors un choix décisif à bien des égards : ouvrir, en Bretagne, une usine high-tech à forte capacité de production. L'investissement – de 12 millions d'euros – nécessite un accord avec un fonds d'investissement et un particulier. Un sacrifice de leur indépendance décrite par Gildas Breton comme le prix à payer pour assurer l'avenir de Polaris. Les deux cofondateurs en viennent en effet à céder leurs parts – et donc leur entreprise – aux investisseurs. Si Stéphane Lozachmeur a décidé de poursuivre ailleurs sa route, Gildas Breton est lui resté en tant que salarié au poste de directeur de la R&D. Philosophe, il explique qu'il va ainsi pouvoir se consacrer davantage à la recherche et à l'innovation qui caractérisent Polaris depuis plus de vingt ans.

 

Stratégie de propriété industrielle

Un chemin qui mènera le biologiste encore plus loin puisqu'il suit en 2015 une Master Class de l'INPI dédiée aux PME et ETI qui souhaitent optimiser leurs stratégies de propriété intellectuelle. « Face aux concurrents monstres, il est d'autant plus essentiel de savoir à la fois défendre et valoriser nos brevets » précise le fondateur et directeur de la R&D de Polaris. Une formation qui lui révèle entre autres l'interêt stratégique de la veille technologique : « Surveiller les publications permet en fait à la fois de défendre nos brevets – d'ailleurs, depuis la Master Class, nous avons fait plusieurs oppositions – mais aussi de voir les failles dans ceux des concurrents ! ». Et en ce moment, le pugnace biologiste est ainsi plongé dans les brevets autour de nouvelles sources d'Oméga-3... A suivre.