Moulin Roty : éloge de la douceur

Depuis plus de quarante ans, Moulin Roty s’est imposé comme l’un des acteurs majeurs du marché des cadeaux de naissance : couleurs chatoyantes, textures douces et personnages enfantins. La marque mise à la fois sur la qualité et sur l’innovation pour séduire les enfants et leurs parents.
 

Il était une fois une vingtaine d’amis qui décidèrent d’investir l’ancienne minoterie du village de Moulin Roty, situé entre Nantes et Rennes, pour bâtir un projet d’artisanat d’art communautaire autour de la sérigraphie et de la fabrication de meubles. Nous sommes en 1972. Trois ans plus tard, le premier objet fabriqué en série est un jouet : une voiture en bois, mousse et tissu. Il est vite rejoint par « La Douillette », une poupée moelleuse aux formes rondes destinée aux tout-petits. C’est ce produit phare qui lance la marque, à côté de poupées musicales et de décorations pour enfants. Forte de ce premier succès, une Scop (Société coopérative et participative) est créée en 1980. Elle compte aujourd’hui 44 salariés-associés et siège depuis 1988 dans le village voisin de Nort-sur-Erdre, à quelques kilomètres des premiers ateliers.

Un ancrage breton, des ventes internationales

Christine Jaffré, directrice du département achat et développement produit, se félicite de cette particularité que Moulin Roty a su conserver malgré le départ des membres
fondateurs : « Dans les faits, une Scop fonctionne comme n’importe quelle société. Simplement, il y a plus de transparence vis-à-vis des salariés qui participent non seulement tous les ans à l’assemblée générale selon le principe “1 homme = 1 voix”, mais aussi à des réunions mensuelles qui informent des décisions relatives à la stratégie de l’entreprise. Il en découle un climat d’émulation où chaque personne est très impliquée. » Restée fidèle à son ancrage breton, la Scop rayonne à présent à l’international, notamment grâce à ses filiales, la plus importante étant située à Hong-Kong avec quinze salariés chargés du développement de la marque sur le marché asiatique. En tout, le groupe salarie ainsi 80 personnes. Avec près de 1 200 références réparties sur une quinzaine de gammes et un chiffre d’affaires stable dans un secteur économique en bonne santé, Moulin Roty se positionne comme le leader du marché des cadeaux de naissance et accroît même depuis quelques années sa présence sur de nombreux marchés à l’étranger (Europe, États-Unis, Asie, Australie et Proche-Orient). Ses exports représentent d’ailleurs 40 % du chiffre d’affaires du groupe.

L’exigence de qualité

Le succès de l’entreprise bretonne repose en grande partie sur l’exigence de qualité, déterminante dans le secteur de la petite enfance. Celle-ci concerne notamment le respect des normes de sécurité européennes qui portent sur la résistance mécanique, l’inflammabilité et la toxicité des matériaux utilisés. Sur l’ensemble des gammes développées par Moulin Roty (jouets, meubles ou vaisselle pour enfants), une attention toute particulière est portée à l’absence de substances nocives pour la santé comme les phtalates ou le bisphénol A. « Nous choisissons avec soin les fabricants avec lesquels nous travaillons et lions une relation dans la durée et dans la confiance, explique Christine Jaffré. Une grande partie de notre production se fait à l’étranger, en Chine, en Roumanie, en Turquie et en Tunisie. Mais nous sommes très présents à chaque étape de la production afin de vérifier le respect du cahier des charges. De plus, nous achetons beaucoup de matières premières en France, en particulier les tissus créatifs ou à forte valeur ajoutée, que nous exportons vers les lieux de production. » Avant importation, les produits finis sont soumis à des tests poussés par un laboratoire indépendant, proche du siège breton, avec qui Moulin Roty collabore étroitement.

« Nos innovations portent sur le domaine affectif »

Mais ce qui fait aussi la force de Moulin Roty, c’est sa capacité à développer de nouvelles gammes de produits. Dans les bureaux de Nort-sur-Erdre, l’accent est mis sur la conception. Une chaîne créative s’établit entre les illustrateurs, les designers produits, les modélistes et les couturières. « Nos innovations portent sur le domaine de l’affectif. Nous sommes sans cesse à la recherche de pistes susceptibles de séduire nos clients : un nouveau mélange de matières ou encore une harmonie de couleur inédite. Nous travaillons moins sur des techniques fonctionnelles que sur une recherche créative. Nous cherchons à surprendre. » Rançon de la gloire, le succès des modèles de la marque incite d’autres fabricants à utiliser les mêmes recettes. Le phénomène constitue une véritable préoccupation pour la directrice des achats : « Nous avons parfois des retours de nos distributeurs à l’étranger ou bien nous nous apercevons nous-mêmes sur les salons qu’il existe des produits très proches des nôtres. Ce n’est pas à proprement parler de la contrefaçon, les produits ne sont pas identiques, mais il s’agit d’une forme de parasitisme dont il est très difficile de se prémunir. » Pour se protéger, Moulin Roty dépose auprès de l’antenne nantaise de l’INPI les modèles qui, selon elle, présente des spécificités. Ce dépôt comprend généralement le produit, sa photographie, mais aussi tous les produits illustrés qui peuvent être déclinés à partir des personnages créés par la marque. Cependant, Moulin Roty ne demande pas systématiquement la publication du dépôt (ni son ajournement). Sans cette dernière, le dépôt est alors déchu et il n’est plus possible de bénéficier de la protection par dessins et modèles. Cependant, la création peut encore être couverte par le droit d’auteur. « Il est en effet très difficile de se défendre face des modèles ressemblants, justifie Christine Jaffré.
Du moins, c’est une guerre longue et coûteuse. Avant de rentrer dans des procédures judiciaires, nous préférons ainsi toujours la conciliation. Mais surtout, nous essayons d’être très actifs en termes de nouveautés et d’innovations. Le fait que nous ayons toujours un train d’avance en matière de créativité constitue notre meilleure défense » conclut-elle.