Le Véritable Cherbourg : le parapluie made in France

Dernière-née d'une saga familiale, la marque « Le Véritable Cherbourg » fondée par Jean-Pierre Yvon multiplie les innovations pour faire du parapluie bien plus qu'un accessoire de mode. Labellisée Talent INPI, l'entreprise mise sur le « made in France » et mène une politique d'amélioration continue de ses produits et son savoir-faire.
 

Il faut un grain de folie maîtrisé et travaillé. 

Jean-Pierre Yvon / Président fondateur Le Véritable Cherbourg

Une météo familiale favorable

La capacité d'innover se transmet-elle de génération en génération ? Lorsque l'on regarde le parcours de Jean-Pierre Yvon, le fondateur de la marque « Le Véritable Cherbourg », fils, petit-fils, arrière petit-fils d'entrepreneurs, la question se pose. Tout commence en 1830, à Cherbourg. La famille Yvon fonde une tannerie, qui prospère pendant un siècle... jusqu'à ce que les cuirs canadiens à bas prix envahissent le marché. En pleine crise des années 1930, René Yvon, grand-père de Jean-Pierre, lance alors une diversification osée mais payante en créant une ligne de bottes en crêpe. Au moment de la Seconde Guerre Mondiale, il est réquisitionné comme expert pour veiller à la qualité des chaussures de l'armée française. C'est son fils, alors âgé de 16 ans, qui devient patron de l'entreprise familiale. Tout en continuant le commerce de chaussures de gros, son frère Bernard et lui lancent un magasin d'emballage industriel et décoratif qui se développe après la guerre. La voie semble toute tracée pour le jeune Jean-Pierre, qui baigne dans cette atmosphère depuis tout petit...

 

Sauf que la vie lui fait prendre un détour. « J'aurais dû prendre la suite mais à l'époque, le commerce ne m'intéressait absolument pas », se remémore-t-il. Bien sûr, il aide à la boutique et range les rayonnages mais il a un rêve : la photo, autre passion familiale puisque père et grand-père sont des vidéastes et photographes amateurs. Peut-être faut-il voir aussi dans cet amour de l'image un souvenir de son adolescence : la sortie du film Les Parapluies de Cherbourg, immense succès populaire et critique, dont il a pu suivre le tournage.

 

Jean-Pierre Yvon commence alors une carrière de photographe publicitaire. Au cours de ses pérégrinations et voyages, il chine, rapporte des objets d'arts, s'intéresse aux décorations autour de ses photos, finit par écrire les textes qui accompagnent ses images dans les revues d'arts et d'antiquité. Lassé par le milieu de la publicité, il se décide à ouvrir une boutique d'accessoires de luxe. Où cela ? À Cherbourg bien sûr ! Où il achète sans le savoir ses locaux en face de l'emplacement de la manufacture de ses ancêtres.

 

Un éclair de génie

En 1981, cinq ans plus tard, c'est l'illumination : « Cherbourg est toujours associé aux parapluies. Et si je créais un parapluie qui serait résistant aux bourrasques, à l'image de cette ville qui fut longtemps une place forte ? ». « LE Véritable Cherbourg » est né, réponse aux parapluies importés de piètre qualité – 1,2 millions à l'époque, 13 millions aujourd'hui. Dix ans plus tard, un nouveau cap est franchi : Jean-Pierre Yvon décide de créer une manufacture pour maîtriser la fabrication de bout en bout mais le pari du made in France – en l'occurrence du made in Cherbourg – est risqué. « On m'a proposé de racheter la marque sous licence mais j'ai refusé. J'ai vendu ma maison pour acheter des machines », raconte cet obstiné. Peu à peu, il parvient à donner naissance à sa vision : des parapluies élégants et graphiques, solides et résistants, produits dans des locaux qu'il a entièrement dessinés. La production ne dépasse pas les 10000 à 15000 unités par an : « Avec des modèles vendus entre 135 et 170 euros pièce, nous sommes dans la haute couture », souligne-t-il. L'entreprise obtient d'ailleurs le premier prix du Salon de la Haute Façon en 2007.

Une pluie d'idées

L'innovation est continue : baleines en acier carbone pour éviter les retournements intempestifs, mâts ultra résistants en alliage d'aluminium ou de carbone, toile en polycoton pour restituer la lumière, etc. Le créateur, qui travaille désormais avec son fils, fourmille d'idées. « De toute façon, la routine m'exaspère », avoue-t-il. Pour autant, ce « grain de folie » revendiqué est ensuite soigneusement travaillé, tamisé, testé, avec persévérance et volonté, pour transformer l'idée saugrenue en business rentable. « Il y a une différence entre l'innovation pensée et l'innovation réalisée, estime-t-il. Nous sommes nombreux à avoir un soupçon de génie, mais ensuite il s'agit d'un combat jour et nuit pour concrétiser les idées. »

 

C'est ainsi qu'est survenue la dernière innovation en date : le Parapactum, un modèle de protection rapprochée dont la mise au point a demandé plusieurs années de travail. Grâce à sa voilure triple couche, à un mât en carbone et à ses baleines de grande résistance, ce parapluie sert de bouclier de protection face à des jets de projectile ou à une charge de plusieurs dizaines de kilos. « A lui seul, il totalise plus de trente innovations, et trois brevets,» constate Jean-Pierre Yvon. « La technologie nous a appris que beaucoup de choses apparemment impossibles sont réalisables. » D'autres trouvailles devraient suivre, toujours selon ce principe d'amélioration continue. « Pour moi le luxe est d'éviter de connaître les routines », conclut-il.