Fluoptics : l’imagerie à fluorescence au service de la chirurgie

Issue de recherches de pointe menées par le CEA Leti et l’Université Joseph-Fourier de Grenoble sur l’imagerie moléculaire, Fluoptics développe depuis 2009 une gamme d’appareils d’imagerie par fluorescence destinée à donner des informations essentielles aux chirurgiens au cours des opérations. En l’espace de quelques années, la PME grenobloise s’est hissée parmi les leaders mondiaux dans ce domaine. Une réussite qui, selon sa PDG Odile Allard, s’explique notamment par une démarche constante d’innovation.
 

Jusqu’à une période très récente, un chirurgien ne disposait que de son expérience, son sens visuel et ses sens tactiles pour assurer son geste. En l’espace d’une dizaine d’années, l’imagerie moléculaire a considérablement changé la donne. Le principe consiste à injecter au patient un liquide fluorescent qui, selon les marqueurs moléculaires présents sur certaines cellules, va réagir de manière différenciée. À l’aide d’un équipement d’imagerie de fluorescence, le chirurgien obtient ainsi en temps réel sur son écran un ensemble d’informations invisibles à l’œil nu ou même par imagerie au moment du diagnostic. C’est cette technologie, développée à l’origine par le CEA Leti — un institut de recherche technologique du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives —, conjointement avec un laboratoire de recherche de l’Université Joseph-Fourier à Grenoble, qui est à l’origine de la création de Fluoptics en 2009. Une entreprise fondée par Odile Allard, issue du secteur informatique et tentée par l’aventure entrepreneuriale dans les biotechnologies, et Philippe Rizo, chef du laboratoire du Leti.

Copyright portrait : © Fluoptics– Franck Ardito ©

Licence d’exploitation et transfert de technologie

À l’époque, les deux associés négocient une licence d’exploitation exclusive et mondiale du brevet déposé par le Leti. Commence une période cruciale de transfert de technologie que l’entreprise finance notamment grâce à un prix d’aide à la création d’entreprises en technologie innovante du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation : « Il ne s’agissait pas seulement d’avoir le droit d’utiliser le brevet, explique Odile Allard, PDG de Fluoptics, mais d’acquérir également tout le savoir-faire lié à cette technologie. Nous avons donc également signé un certain nombre de contrats de collaboration avec le Leti. Cette coopération très étroite sur la R&D nous a permis progressivement d’intégrer les compétences nécessaires pour pouvoir faire l’usage de cette technologie. »

Une certification en deux temps

Sur ce marché, la certification CE est évidemment un prérequis, mais la start-up fait le choix de développer d’abord une machine d’imagerie pré-clinique destinée aux équipes de recherche : « Ce marché émergent, même s’il est limité, n’est pas réglementé. Cela a eu un effet très vertueux, car nos essais nous ont permis de tirer de nombreux enseignements et d’améliorer notre technologie. Nous avons pu ainsi sortir un premier produit clinique en 2013 qui a obtenu la certification CE médicale nécessaire à sa commercialisation ». Aussi, dès 2014, Fluoptics vend sa technologie Fluobeam en Europe pour une utilisation en bloc opératoire. Un an plus tard, la start-up grenobloise obtient l’agrément pour la commercialisation aux États-Unis. Depuis, elle étend ses certifications à ses pays cibles : Singapour, Taïwan et les pays du Moyen-Orient. 

Des applications tournées vers la recherche clinique

« Nous avons une technologie aux débouchés multiples qui n’ont pas tous encore été explorés, explique la PDG de Fluoptics. Une grande partie des partenariats cliniques que nous nouons consiste par conséquent à établir dans quelle mesure notre système offre des bénéfices cliniques sur de nouvelles indications. » L’un des principaux débouchés actuels concerne la chirurgie reconstructrice, en particulier le cas des reconstructions mammaires. L’imagerie de fluorescence permet au chirurgien de vérifier au cours de l’opération la perfusion du lambeau, c’est-à-dire la vascularisation, et éviter ainsi les risques de nécroses locales post-opératoires. Mais les recherches menées actuellement offrent également des perspectives prometteuses dans d’autres applications chirurgicales comme les cas de lymphœdèmes, de chirurgie de la thyroïde ou hépatique. « À partir de ces résultats cliniques, nous travaillons à l’amélioration de notre produit en vue de son utilisation par notre utilisateur final, à savoir le chirurgien. Nous agissons notamment sur l’ergonomie du système afin de rendre celui-ci le plus indépendant possible dans l’utilisation de cette imagerie et qu’il ne dépende pas d’une équipe entière. »  

Une démarche d’innovation permanente

Les machines sont assemblées en intégralité dans les ateliers de Grenoble et vendues entre 80 000 et 120 000 euros selon la configuration et le marché. L’entreprise de 23 salariés connaît depuis ses débuts une croissance constante. Fin 2016, Fluoptics comptabilisait ainsi une centaine de machines en utilisation, réparties dans 16 pays, et impliquées dans près de 10 000 procédures chirurgicales, lui permettant de tenir tête à ses principaux concurrents mondiaux, l’un canadien, l’autre japonais. « En France, nous sommes présents sur une dizaine d’hôpitaux publics, complète Odile Allard. C’est une des particularités du domaine des biotechnologies. Les structures publiques s’équipent d’abord, viennent ensuite les cliniques privées. » Mais si les ventes augmentent chaque année, elles ne sont pas encore suffisantes pour couvrir les investissements en R&D. « En cela, poursuit la PDG de Fluoptics, nous restons dans un modèle de start-up, dans la mesure où nous sommes encore dépendants des levées de fonds, de soutiens comme celui de la BPI et des programmes de recherche nationaux ou européens auxquels nous participons. » À ses yeux, l’innovation constitue donc un enjeu crucial pour la société : « Nous sommes dans un domaine où nous devons faire sans cesse de la recherche. Amener sans cesse de l’innovation dans nos produits est la garantie de garder une longueur d’avance technologique sur nos concurrents ».
Et chaque nouvelle avancée est une occasion de se constituer un solide portefeuille de titres, particulièrement des brevets. En 2016, sous l’impulsion de sa PDG, l’entreprise a également suivi une Master Class de l’INPI : « Il s’agissait de remettre à plat notre réflexion stratégique autour de la propriété intellectuelle, mais aussi de sensibiliser nos salariés à l’importance de la propriété intellectuelle et de leur donner le réflexe de se poser la question de la protection de l’innovation à chaque nouvelle avancée, même avant la commercialisation. »