Cooltech Applications, la PME qui n’a pas froid aux yeux

La PME alsacienne Cooltech Applications commercialise depuis 2013 une technologie de réfrigération magnétique, véritable alternative économique et écologique aux gaz réfrigérants traditionnels, qu’elle a mis plus de dix ans à développer.
 

En 1881, le physicien allemand Emil Warburg établit pour la première fois l’existence de l’effet magnétocalorique : certains métaux magnétiques peuvent changer de température lorsqu’ils sont soumis à un champ magnétique externe important. Partant de ce principe, le chimiste américain William F. Giauque développe lui un procédé de réfrigération magnétique qui atteint des températures proches du zéro absolu. Il recevra d’ailleurs le prix Nobel de chimie en 1949 pour cette avancée. Mais il faudra encore plus d’un demi-siècle pour que l’industrie s’empare de cette découverte scientifique majeure. Au début des années 2000, Christian Muller, l’actuel PDG de Cooltech Applications, travaille alors comme ingénieur dans l’industrie agroalimentaire où il conçoit des machines de lignes de production ou de fabrication. Il connaît bien l’importance des systèmes de réfrigération traditionnels, gourmands en énergie et polluants : tous utilisent des gaz réfrigérants dont la contribution à l’effet de serre est 10 000 fois plus importante que celle du dioxyde de carbone. « Je m’intéressais depuis longtemps déjà aux technologies de réfrigération magnétique dans la production du froid, explique-t-il. J’en connaissais également les limites dans la perspective d’une application industrielle. Premièrement, les aimants permanents qui produisent le champ magnétique devaient être suffisamment puissants. Or, ceux-ci n’existent que depuis les années 2000. Deuxièmement, l’intérêt pour les questions environnementales est relativement récent. Les industries n’étaient alors pas soumises aux contraintes et aux directives environnementales et les systèmes à gaz réfrigérants étaient plus simples à mettre en œuvre. » En 2003, il considère que les deux conditions sont enfin réunies et fonde alors Cooltech Applications avec deux associés. Le début d’une aventure de recherche et développement qui durera plus de dix ans.

10 ans pour exister…

Cooltech remporte tout de suite le concours national de la création d’entreprises de technologie innovante, organisé à l’époque par l’Anvar (devenue Bpifrance). La dotation leur permet entre 2003 et 2005 de déposer leurs premiers brevets et de développer un premier prototype scientifique. Sur la foi de celui-ci, d’importants actionnaires, dont le Groupe Industriel Marcel Dassault et ACE Management, rejoignent le projet en 2006. Soutenue également par la banque d’investissement de l’époque, OSEO, la PME installée aux portes de Strasbourg lance une nouvelle étape de R&D, cette fois en vue de l’industrialisation du processus. Pendant quatre ans, les équipes affinent la technologie. Il faudra attendre encore 2010 pour que Cooltech Applications ouvre une dernière phase de R&D qui aboutit en 2013 aux premières lignes d’assemblage préindustrielles. La commercialisation de la technologie peut enfin commencer. « Quand l’entreprise est née, il n’existait rien concernant le froid magnétique, hormis quelques publications scientifiques très éloignées des applications, explique Christian Muller. Dix ans, c’est le temps qu’il nous a fallu pour exister en dehors des milieux scientifiques. Nous avons donc été très présents sur les salons professionnels afin d’attester de la performance de notre technologie. C’est aussi le temps qu’il nous fallait pour obtenir des performances compatibles avec les marchés cibles qui entre-temps étaient différents des marchés identifiés au début du projet. Nous avons donc revu nos stratégies en conséquence, tout en cherchant les financements complémentaires nécessaires à notre agrandissement. » 

… Et l’avenir devant elle.

Au lieu d’utiliser un compresseur, la technologie commercialisée par Cooltech Applications soumet un alliage magnétique à un champ magnétique. C’est la variation de champs magnétiques qui fait varier la température des matériaux. La consommation d’énergie est réduite d’environ 40 % par rapport à celle des compresseurs à gaz. « Au fur et à mesure et le plus rapidement possible, nous avons protégé nos avancées technologiques » précise Christian Muller. Ainsi, Cooltech est aujourd’hui à la tête de 300 brevets internationaux dans plus de 40 pays et une centaine est en attente de publication. « C’est un budget conséquent mais qui nous protège. Il y a une concurrence technologique certes, mais les acteurs de ce marché ont des difficultés à exister : nous avons déjà tellement de brevets, de réalisations et de démonstrations de notre savoir-faire » ajoute-t-il. Le champ d’application de la technologie est quant à lui immense : il va des réfrigérateurs aux vitrines réfrigérées des supermarchés, de la climatisation automobile à celle des bâtiments. Mieux, cette technologie correspond parfaitement à l’accord environnemental signé en octobre 2016 à Kigali. Lors de ce sommet historique, les 197 pays signataires ont adopté un amendement réduisant progressivement l’usage des hydrofluocarbures (HFC) dans les systèmes de réfrigération. Devant ce marché gigantesque qui s’ouvre à elle, la PME alsacienne qui compte à peine 30 salariés garde la tête froide et avance pas à pas. Avec un chiffre d’affaires stable de 1,6 million d’euros, Cooltech Applications se déploie progressivement aux États-Unis, en Chine et en Europe : « Nous proposons une technologie de rupture qui s’adresse à un marché mondial gigantesque. Nous ne traitons pas avec des fabricants locaux, mais avec de grandes sociétés sur des contrats de grande taille. Le marché et la technologie nous l’imposent, et c’est la raison pour laquelle nous misons sur une propriété intellectuelle très forte », explique Christian Muller. Après de premiers contrats réussis, notamment de vitrines réfrigérées, l’entreprise vient de signer un partenariat avec le groupe Carrefour. Celui-ci prévoit le déploiement progressif de vitrines magnétocaloriques sur les enseignes du groupe. Pour le géant de la distribution, il s’agit d’un geste environnemental fort mais à terme, la consommation d’énergie des vitrines pourrait aussi diminuer de 40 % et permettre ainsi d’importantes économies. Ce premier succès d’envergure devrait logiquement être suivi d’autres contrats de même dimension. « Depuis sa création, Cooltech Applications a déjà bien grandi, mais il va falloir franchir une étape supplémentaire, conclut Christian Muller. Nous allons devoir changer de dimension, mais aussi faire évoluer nos capacités de production pour répondre à la demande. » Un défi ambitieux qui ne semble pas refroidir les ambitions de la PME strasbourgeoise.