MACEO-OGRANNA, ou comment passer d'une idée à une invention brevetée

La jeune entreprise est à l’origine d’une gamme de vaisselle intelligente baptisée Maceo (Most ad-vanced ceramic engineered objects), dont une assiette en céramique qui reste chaude. Une innovation brevetée qui a fait l’objet de plusieurs rebondissements et que la TPE entend bien imposer sur un marché mondialisé. Rencontre avec Chantal Renaud, fondatrice et PDG de Macéo-Ogranna. La start-up sera présente à nos côtés sur Viva Technology.
 
Crédit image : Macéo-Ogranna

> Vous êtes à l’origine de cette idée d’assiette restant chaude, comment l’avez-vous développée et protégée ?

— Chantal Renaud : Je suis amatrice de cuisine et j’aime bien servir à l’assiette. Le problème, c’est qu’elles arrivent souvent froides. J’ai fait une étude de marché et découvert que rien n’existait pour les maintenir chaudes. J’ai donc cherché une solution ! J’ai commencé avec un four à céramique et une stéatite, dite aussi « pierre à savon ». J’ai toujours une enveloppe Soleau à portée de main, alors j’ai vite couché mes premières intuitions pour en dater la création. Lorsque j’ai été sûre du potentiel de mon projet, j’ai créé ma société pour le développer en faisant appel à plusieurs professionnels : d’une part un ingénieur et un associé spécialiste de la céramique pour affiner le procédé en vue d’un brevet ; d’autre part, un conseil en propriété intellectuelle. Sa recherche d’antériorité a confirmé qu’aucun brevet similaire n’existait. On a su a posteriori qu’il y en avait en fait un en cours sur un même principe (maintenir une assiette chaude) mais avec une autre composition.
Il n’était pas encore publié au moment où je travaillais sur le mien, ce qui prouve ma bonne foi. Sachant qu’entre temps, j’avais du retravailler mon premier procédé qui n’était pas bien adapté aux contraintes industrielles. J’ai fini par trouver le principe d’encapsulation d’un gel spécifique dans la céramique qui fait l’objet de mon brevet. Je travaille déjà à d’autres usages à partir de cette encapsulation, notamment une assiette intelligente qui permet, grâce à des capteurs, de lutter contre le gaspillage ou la malnutrition.
 

> Outre ce brevet, avez-vous utilisé d’autres outils de propriété intellectuelle ?

— C.R. : J’ai sollicité assez vite l’INPI qui m’a attribué une chargée de clientèle qui suit spécifiquement mon dossier. Elle a été très disponible et d’une grande aide. Elle m’a notamment conseillée sur le dépôt d’un dessin et modèle pour mon assiette afin de renforcer sa protection. Par ailleurs, j’ai déposé une marque, et j’utilise des enveloppes Soleau ainsi que des NDA (accord de non-divulgation, de l'anglais « non-disclosure agreement » — ndlr). Avant Ogranna, j’avais eu, avec ma première société, une mauvaise expérience en me faisait « voler » une idée de service que j’avais vite rendue publique. Je suis donc très sensibilisée à la propriété intellectuelle… Par ailleurs, je pense qu’avoir un brevet est une manière de protéger son innovation mais c’est également un gage de sérieux et de crédibilité quand on se lance. Cela rassure les éventuels investisseurs, banquiers, ou partenaires.
 

> Quelle stratégie de propriété intellectuelle avez-vous adoptée au niveau international justement ?

— C.R. : J’ai opté pour un PCT (traité de coopération en matière de brevets, ndlr). Ça permet d’avoir un temps de réflexion. J’affinerai la protection de mon produit géographiquement en fonction de ce qui va se passer dans les prochains mois. Nous avons déjà un fournisseur exclusif qui va fabriquer nos assiettes à grande échelle et un réseau commercial, donc je sais déjà qu’on aura au minimum une couverture européenne.

LE MOT DE L’INPI par Aurore Allegre, chargée de clientèle

« Chantal Renaud est très réceptive à la propriété industrielle et a conscience des enjeux économiques qu’ils représentent pour gagner des parts de marché sur son créneau. Elle sollicite ainsi des informations sur la stratégie PI à adopter à chaque étape du développement de son entreprise. Nous avons travaillé ensemble lorsqu’elle a découvert, lors d’un salon, un concurrent utilisant son innovation. Rapidement, avec l’aide de son conseil en propriété industrielle, nous avons trouvé le brevet de référence. Il a alors été question de comparer chaque revendication des brevets afin de déterminer le degré de liberté d’exploitation, ce qui a conduit au dépôt d’un nouveau brevet de procédé. La pugnacité et le dynamisme de cette entreprise tiennent dans la création de nouveaux produits innovants qui lui permettent de se diversifier. Tout n’est pas technique, j’invite sa PDG à jouer avec tous les droits de PI ! ».