HOOMANO : « Notre stratégie PI est au service de la stratégie R&D »

La start-up lyonnaise, créée en 2014, apporte l’intelligence artificielle nécessaire aux robots sociaux et autres dispositifs innovants afin d’améliorer les interactions homme-machine. Elle développe des applications pour servir les usages de ses clients sur des robots comme Pepper, Nao ou encore Buddy. Sa sensibilisation aux enjeux de propriété intellectuelle a grandi à mesure de son propre développement et ouverture à l’international. Le point avec Cyril Maitrejean, cofondateur et directeur financier d’Hoomano, et Céline Mathevet, adjointe à la délégation régionale Rhône-Alpes INPI. Hoomano fait partie des start-up présentes sur notre stand à Viva Technology.
 
Crédit image Hoomano

> Comment est née votre sensibilité aux questions de propriété intellectuelle ?

— Cyril Maitrejean : Ça a été progressif et lié à plusieurs facteurs. Même si nous avions déjà trois ans d’existence, la vraie prise de conscience est liée à l’ouverture de notre laboratoire d’intelligence artificielle. Nos premiers résultats nous ont convaincu que nous avions un temps d’avance sur le marché, que ce que l’on faisait avait de la valeur et qu’il fallait le protéger. C’est aussi très lié à notre ouverture à l’international. Lors de nos voyages aux États-Unis, on s’est rendu compte que là-bas les questions de propriété intellectuelle sont fondamentales et totalement intégrées au business. À l’inverse, le phénomène de copie assez répandu en Chine est assez inquiétant. Bref, on s’est dit qu’on avait ignoré jusque-là tout un pan de notre stratégie. En parallèle, l’INPI nous a contactés début 2017 et nous a proposé dans un premier temps un Prédiagnostic qui nous a familiarisé avec le sujet. Nous avons commencé par travailler la question des données, ce qui nous a d’ailleurs préparé au RGPD (Règlement général sur la protection des données applicable au niveau européen à partir du 25 mai 2018, ndlr). Nous avons aussi affiné notre politique contractuelle de confidentialité. Je tiens à préciser que la gratuité ou la prise en charge partielle des coûts par l’Institut est un élément non négligeable pour une jeune start-up.

— Céline Mathevet : La politique de l’INPI consiste effectivement à utiliser une partie des redevances que nous percevons pour aider les TPE et start-up. Ce n’est pas toujours le cas, mais avec Hoomano, nous avons bien pris les choses dans l’ordre. Le pré-diagnostic est un état des lieux de l’entreprise et de son environnement qui donne des premières clés aux entrepreneurs. On leur fait découvrir cette boîte à outils qu’est la propriété intellectuelle. Charge ensuite au dirigeant de choisir ceux qui sont les plus adaptés à la stratégie de son entreprise. Nous les mettons également en contact avec des professionnels. Dans le cas d’Hoomano, nous les avons orienté vers un avocat spécialisé dans le numérique et un conseil en PI pour faire une étude de brevetabilité que nous avons en partie prise en charge financièrement.

 

> Où en êtes-vous aujourd’hui ? Quelles stratégies et outils avez-vous mis en place ?

— Cyril Maitrejean : Ces deux experts nous ont permis de passer à l’action, ce qui est essentiel pour une start-up qui doit aller vite ! Notre avocat nous a aidé à formaliser nos contrats de confidentialité qui sont essentiels dans nos relations avec d’éventuels partenaires ou clients. Avec le conseil en PI, nous travaillons sur un brevet. C’est un sujet très complexe dans le numérique où le logiciel lui-même n’est pas brevetable mais où peuvent l’être ses usages et certaines technologies. Finalement, notre stratégie PI est maintenant au service de notre stratégie R&D car elle nous donne un cadre. La rédaction d’un brevet est tellement précise et particulière qu’elle nous amène à mettre le focus sur certains éléments. On sait aussi maintenant que c’est un élément de poids dans des discussions avec d’éventuels partenaires, clients ou investisseurs. Le fait d’avoir un brevet en cours de rédaction est déjà un argument, ne serait-ce que dans la recherche de fonds — une activité à laquelle une start-up consacre beaucoup de temps…

— Céline Mathevet : La rédaction du brevet est en effet un élément essentiel de la politique de R&D et plus globalement de la stratégie de l’entreprise. Un brevet permet d’obtenir un monopole en contrepartie d’une publication. Il faut donc déterminer ce que l’on décide de protéger par le brevet qui sera rendu public, et ce que l’on ne veut pas communiquer et qui peut alors relever du secret. Sachant qu’un brevet donne effectivement de la crédibilité et de la visibilité aux start-up, notamment vis-à-vis des grands groupes qui comptent dans leur développement. C’est aussi un vrai passeport à l’international et en particulier aux États-Unis comme le disait Cyril. Enfin, il ne faut pas oublier l’image de marque qui pèse dans le milieu du numérique.

— Cyril Maitrejean : Oui, ça, c’est une dimension que nous avons prise en compte et travaillée dès le début avec notre marque Hoomano, ne serait-ce que pour exister dans les salons où l’on présentait notre technologie et pour attirer des partenaires.