Alsace

La stratégie de protection de propriété intellectuelle de myfood à l’international

10 / 11 / 2020
L’entreprise alsacienne myfood développe des serres innovantes alliant techniques de permaculture et d’aquaponie. Dès le départ de l’aventure entrepreneuriale, les fondateurs ont décidé de se développer en Europe mais aussi aux USA et au Moyen Orient notamment. Matthieu Urban, co-fondateur revient sur les moyens de protection en matière de propriété intellectuelle (PI) et les bonnes pratiques à mettre en place quand on se lance à l’international.
 
Zoom sur le projet myfood La serre intelligente combine plusieurs techniques innovantes : aquaponie verticale, permaculture, gestion climatique solaire, des capteurs et un module de communication IOT. Les techniques d’IA permettent l’analyse en temps réel des données physiques dans la serre pour guider l’utilisateur.
  • Le marché initial est destiné à tous les particuliers qui souhaitent se lancer dans la production alimentaire sans expérience ou connaissance particulière des méthodes maraîchères. Serre family à Saint-Pierre en Alsace - Crédit image myfood
  • Matthieu Urban, Johan Nazaraly et Mickael Gandecki : fondateurs de la société myfood en 2015. Crédit image myfood
  • La communauté participe directement à la construction de la société depuis 5 ans par des retours bienveillants et une contribution active sur une plateforme collaborative. Application myfood sur smartphone - Crédit image myfood
  • L'aquaponie est une technique qui allie élevage de poissons et la culture de plantes. Le bassin placé au milieu de la serre abrite des poissons. L’eau est pompée et dirigée dans des tours verticales, où poussent les légumes. Crédit image myfood
  • Chiffres clés myfood
  • Collectivité locales, écoles, entreprises ou programmes immobiliers intègrent également ce concept à travers divers projets écologiques. Serre connectée solaire - Crédit image myfood
  • Récolte permaculture - Crédit image myfood
  • Serre urbaine de 22m2 - Crédit image myfood

Interview de Matthieu Urban

Quel est votre business model ? Pouvez-vous présenter myfood en quelques mots ?

Matthieu Urban : Face à l’agriculture intensive et aux circuits longs, myfood fait le pari d’un virage vers un mode de consommation écologique, plus local, de qualité (sans pesticides de synthèse) et à la portée de tous. L’idée est d’amener les citoyens à produire leur propre production alimentaire grâce à des serres connectées qui alimentent jusqu’à 60 à 80 % des besoins en fruits et légumes d’un foyer (100 kg pour 2 pers/jusqu’à 300 à 400 kg par an pour 4). L’objectif est d’avoir un retour sur investissement en 5/6 ans ou plus rapidement si on cultive bio.

La valeur clé de myfood repose sur une communauté de plus de 300 « pionniers » solidaires qui partage informations et astuces sur un réseau collaboratif dédié en appui de nos ingénieurs agronomes. Notre image de marque repose sur la fiabilité de nos équipements et sur les retours positifs de notre communauté autour de notre concept à la fois sociétal et environnemental.

Etiez-vous sensibilisé à la propriété intellectuelle ? Quels actifs avez-vous protégés en France puis à l’étranger ? Quelle stratégie avez-vous adoptée et pourquoi ?

M. U. : En matière de protection, j’étais déjà sensibilisé aux questions de PI de par mon expérience de 12 ans dans le domaine du marketing produit à l’international, dans l’industrie du chauffage notamment. C’est pourquoi, il était naturel pour nous de lancer une marque à l’international dès le départ.
myfood est titulaire d’une marque déposée à l’INPI en classe 31 et de deux marques complexes de l’Union européenne (marque composée d’éléments figuratifs et verbaux). Le nom anglais : « myfood » est facilement compréhensible et a eu un impact positif direct avec des serres vendues très rapidement aux quatre coins du monde. Initialement, nous avions aussi déposé un brevet technique mais le projet ayant évolué, il a été abandonné au profit d’une autre demande de brevet déposée auprès de l’INPI afin de dissuader nos concurrents de reproduire notre savoir-faire. Notre brevet protège la valeur inventive de notre technologie liant trois composantes : une serre connectée mélangeant l’IA et l’aquaponie, il sera étendu en Asie et sur d’autres continents par la suite.

La PI constitue un avantage compétitif pour rester dans la course internationale et permet de renforcer notre capital immatériel. C’est un actif stratégique pour une société qui souhaiterait réaliser une opération de levée de fonds avec des investisseurs étrangers.

Matthieu Urban a rencontré Aurore Allègre, chargée d’affaires INPI Grand Est pour un Prédiagnostic PI en 2020, établissant un premier niveau de recommandations sur la surveillance de leur environnement de brevet/technologies et sur la sensibilisation autour des contrats et des stratégies PI en adéquation avec l’open innovation notamment.

Comment conciliez-vous votre stratégie de protection et vos publications en open source ?

M.U. 
: L’encouragement à partager le savoir en contrepartie de l’acquisition de connaissances nouvelles fait partie de l’ADN de notre entreprise. Notre communauté et les retours collectés qui mûrissent depuis 5 ans, lui confèrent un caractère unique. On a malgré tout porté une attention particulière à la partie contractuelle afin de sécuriser notre savoir-faire et nos innovations dans nos partenariats avec nos fournisseurs, dans les domaines techniques et électroniques mais aussi dans le secteur de l’aquaponie.

Quelles sont les prochaines étapes de votre développement ?

M.U. : En premier lieu, nous avons pour ambition de renforcer nos actions commerciales sur les marchés francophones : France, Bénélux, Suisse et Canada. Nous venons également d’embaucher un responsable commercial Allemagne, un marché à fort potentiel de croissance. Enfin, nous avons des objectifs de développement au Québec, au Moyen-Orient (Qatar) et nous avons aussi réalisé des ventes opportunistes dans 15 autres pays.

Quelles préconisations donneriez-vous à une start-up avant son lancement à l’international ?

M.U. : Le premier conseil est de ne pas se lancer sans une analyse poussée de votre cible client. Appliquer une méthode de prise de décision en mettant en place une check list : avoir le bon produit, au bon endroit au bon timing : démarrer en générant une croissance organique sur un segment bien défini est un bon premier indicateur.
Autre préconisation : avant de lancer votre site internet, il est important de bien choisir le nom de domaine de votre entreprise et son extension « eu », au-delà des extensions « .be » et « .fr » si vous souhaitez cibler l’Europe.

Pour conclure, sur un autre volet plus « sécuritaire », il ne faut pas négliger les aspects de protection informatique. Pensez à bien sécuriser vos serveurs en mettant en place des doubles authentifications par exemple car plus une entreprise se développe à l’international, plus elle s’expose à des attaques informatiques.

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